“Torpiller son capital sympathie”, “la rediaboliser”: quelle stratégie macroniste pour vaincre Marine Le Pen?

Entretien pour 7sur7.be paru le 11 avril 2022. Propos recueillis par Tom Coninx.

Emmanuel Macron et Marine Le Pen, qui s’affronteront le 24 avril au deuxième tour de la présidentielle française, entament une nouvelle campagne acharnée pour convaincre des électeurs peu emballés par ce duel, notamment au sein de la gauche radicale. “On voit très mal comment ils vont réussir cette mission”, avance Nicolas Baygert, professeur de communication politique à l’IHECS et à Sciences Po Paris. Selon lui, le président sortant et ses partisans vont s’atteler à “torpiller le capital sympathie” engrangé par leur rivale d’extrême droite depuis son échec en 2017. Cinq ans plus tard, même duel, même stratégie, même issue? Focus. 

“Rien n’est joué”, “c’est une nouvelle campagne qui commence”… Les deux camps ont insisté sur l’importance des deux prochaines semaines avant le second tour, pour lequel les sondages prévoient une victoire d’Emmanuel Macron beaucoup plus étriquée qu’en 2017, quand il avait battu sèchement la dirigeante de l’extrême droite. Arrivé dimanche soir en tête du premier tour, le président sortant recueillerait entre 54% et 51% des voix au second tour, contre 46-49% pour sa rivale, selon des sondages réalisés dimanche après le premier tour.

“Cette élection, il va falloir aller la chercher, parce que rien n’est joué”, a reconnu le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal sur France Inter. Entré très tardivement dans l’arène, la candidat de la République En Marche! a été critiqué pour n’avoir pas vraiment fait campagne au premier tour. Un grief qui ne lui sera sans doute plus reproché lors de la quinzaine à venir. Le ton va changer en amont du second tour et le plan de bataille d’Emmanuel Macron semble limpide.

Démocratie libérale vs extrême droite

“Il y a une volonté d’imposer une grille de lecture, un cadre d’interprétation qui oppose la démocratie libérale à l’extrême droite. Il convient pour le clan Macron de véhiculer l’idée qu’il est nécessaire de faire barrage à la candidate du Rassemblement national. Ses liens avec Vladimir Poutine vont probablement être exposés. On peut s’attendre à un coup de projecteur de la Poutinophilie de Marine Le Pen”, analyse Nicolas Baygert. 

“Pendant cinq ans, Marine Le Pen s’est attelée à assurer son processus de dédiabolisation, une volonté de paraître plus humaine.” Une stratégie qui a notamment bénéficié de la candidature de Zemmour qui en surgissant à sa droite a normalisé la présidente du RN. 

Rediabolisation

“Pendant ces 15 jours, je pense qu’il y aura un effort de rediabolisation de Marine Le Pen”, estime le professeur de communication politique. “Tout ce travail de capital sympathie va devoir être torpillé, mais pas sûr que cela fonctionne cette fois-ci.” La candidate d’extrême droite peut compter sur le soutien notamment d’Eric Zemmour, d’une frange des Républicains de et Nicolas Dupont-Aignan. “Ce réservoir de voix est assez inédit et ne tombera sûrement pas dans le piège du processus de rediabolisation.” 

“ Les deux offres politiques sont opposées en tout point et les médias vont accentuer ces traits distinctifs”, poursuit le docteur en sciences de l’information. “On assiste à une opposition très claire. D’un côté, une candidature radicale qui s’apparente à une rupture avec le système de La Cinquième République. De l’autre, la continuité macronienne, apparentée à une prolongation de mandat destinée à mener à bien les réformes que le président n’a pas pu mener notamment en raison de la situation sanitaire et désormais géopolitique.”

Chasse aux électeurs de gauche

En principale ligne de mire des deux candidats, figurent les électeurs du candidat de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon, arrivé troisième sur les talons de Madame Le Pen avec près de 22% des voix et qui apparaît désormais en position d’arbitre. Le leader de La France Insoumise a répété dès dimanche soir que “pas une voix” ne devait aller à l’extrême droite, sans pour autant appeler à voter pour Emmanuel Macron. “Entre l’abstention et le fait de se prononcer clairement en faveur d’un candidat, il y a une marge très importante”, souligne Nicolas Baygert. La chasse aux électeurs de gauche est lancée. 

Rendez-vous le 20 avril pour le débat télévisé entre les deux finalistes, véritable point d’orgue de la campagne d’entre deux tours. 

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