AAC colloque PROTAGORAS « Communiquer (sur) la radicalité » 6-7 juin 2017

APPEL À COMMUNICATIONS
«Communiquer (sur) la radicalité» 

organisé à l’Institut des Hautes Etudes des Communications Sociales (IHECS Bruxelles)
les 6 et 7 juin 2017

Argumentaire
La radicalité politique – objet de nombreuses études en sociologie de l’action collective, mais aussi en philosophie – constitue un terrain d’enquête particulièrement fertile au regard de la variété des corpus qu’elle nourrit et des mobilisations qu’elle porte à gauche comme à droite. Lieu travaillé par des luttes symboliques visant la définition de la réalité (que celle-ci soit sociale, historique ou empirique), la parole radicale ressemble à cette « arène en réduction » dont parle Mikhaïl Bakhtine (1977 [1929] : 67). Une arène où s’illustrent, s’entrecroisent et s’affrontent visions du monde, idées, projets et dynamiques contradictoires. Ceci dit, malgré l’intérêt du terrain, les recherches dédiées à la radicalité, en communication politique comme en sciences du langage, n’en restent pas moins marginales. C’est à ce vide (au moins relatif) qu’entend répondre la présente journée d’étude en réunissant chercheurs pluridisciplinaires, professionnels et praticiens de la communication publique et politique.
Dérivé du latin tardif radicalis (qui tient à la racine, à l’essence, c’est-à-dire au caractère premier et fondamental de quelque chose), le terme « radical » a subi d’importants déplacements de sens et de nombreux investissements politiques jusqu’aujourd’hui. À cet égard, il convient de prêter attention aux arrière-plans topiques et aux univers de représentation que charrient ses contextes d’usage. De fait, la parole et la posture radicales font signe aussi bien vers l’héritage de la « radicalité ouvrière » du XIXe siècle revendiqué par l’histoire des gauches, que vers le « parler-vrai » propre à cette droite décomplexée qui affiche avec force et fracas son mépris du politiquement correct. Nous le voyons ici, communiquer (sur) la radicalité consiste bien à mobiliser « un ensemble desavoir-faire relatifs à l’anticipation des pratiques de reprise, de transformation et de reformulation des énoncés et de leur contenu » (Krieg-Planque, 2006 : 36). Au reste, on comprend pourquoi la circulation des termes « radical », « radicalité », « radicalisme », « radicalisation »… mérite une attention privilégiée, et suppose une analyse approfondie des stéréotypes socio-culturels et langagiers qui habitent l’espace médiatique. Les campagnes de communication menées par Daesh (à travers ses magazines en ligne Dār al-Islām, Dabiq, Rumiyah, etc., mais encore grâce à Youtube), et celles organisées, notamment en Europe, pour lutter contre les premières constituent un terrain privilégié d’investigation.
En tout état de cause, la « radicalité » fonctionne comme un opérateur de mobilisation et de subjectivation collectives, mais encore comme une puissante ressource rhétorique. Se dire « radical », c’est afficher sa rupture en se rattachant à ce qui est (jugé) essentiel, premier, fondateur. C’est se positionner « contre » (peu importe contre quoi, d’ailleurs), et chercher à tirer profit de l’affrontement et du changement, eux-mêmes radicaux, que cette attitude porte en puissance. À l’inverse, les partis de gouvernement – y compris les anciens « radicaux » de gauche et du centre – ont progressivement abandonné la lutte pour l’appropriation de cette notion. Laquelle, laissée en friche, s’est muée à leurs yeux en un lieu infréquentable, flou et trouble, où le verbe n’est pas policé. Concrètement, la classe politique dite « traditionnelle », prétextant une menace pour la démocratie, a fait le choix de mettre au ban de celle-ci, donc de stigmatiser, les discours et mouvements qu’elle jugeait pathologiquement radicaux – avec pour effet de renforcer leur attractivité. Peu ou prou, la mobilisation tant politique que médiatique des termes « radicalité », « extrémisme » et « populisme » (termes à peu près interchangeables) vient sans cesse réactiver la frontière morale censée fixer, pour tout un chacun, « les limites du pensable, de l’argumentable, du narrable, du scriptible » (Angenot, 1989 : 12).
Ceci étant, l’opposition entre démocratie et radicalité se voit, depuis la fin des années 1980, réinvestie par la théorie politique. Laquelle s’attache à restaurer, dans leur droit de cité et leur valeur pratique, la critique, la conflictualité, l’antagonisme – l’agôn tout simplement. Ainsi, dans le sillage des travaux pionniers de Chantal Mouffe et d’Ernesto Laclau notamment (1985, 1993, 2000, 2013), s’est fait jour l’idée phare de « démocratie radicale ». La formule, reprise comme un étendard par les « nouveaux mouvements sociaux », signale l’aspiration à créer ou à recréer un « espace public oppositionnel » (Negt, 2007) propre à déranger le consensus de la gouvernance européenne, et plus largement internationale. Un consensus qui, justement, n’a plus rien de politique. La revendication de la radicalité devient donc un moyen privilégié pour arpenter, de nouveau, l’espace politique en assumant la dimension fondamentalement plurielle, contrastée, polémique, « agonistique » de celui-ci (Nicolas, Albert : 2010).
On l’aura compris, cette journée d’étude pluridisciplinaire se situe au croisement des sciences du langage, des sciences de l’information et de la communication, et de la théorie politique, au croisement du théorique, du descriptif et du pratique également. D’une part, elle souhaite interroger les conséquences que la rupture idéologique liée à la radicalité peut avoir sur les logiques / pratiques traditionnelles de la communication politique. D’autre part, elle propose de considérer l’articulation entre « horizontalité » et « verticalité » à l’intérieur des nouveaux mouvements radicaux.
Le premier axe d’analyse concerne les pratiques, usages et ressources mobilisés par les acteurs pour communiquer (sur) la radicalité. Il s’agira ici d’aborder le rôle joué tant par les médias « classiques » que par l’Internet et les réseaux sociaux. Le deuxième axe vise, d’une part, les rapports qu’entretiennent les « radicalités politiques » à l’égard des institutions traditionnelles (appareils gouvernementaux et parlementaires, partis, syndicats, etc.), d’autre part, les implications que ces rapports portent quant aux options choisies en matière de communication. Enfin, le dernier axe invite à questionner les logiques rhétoriques et les modalités discursives d’expression de la radicalité et de la rupture, ceci dans le but de faire ressortir autant que d’analyser le caractère persuasif et mobilisateur de celles-ci.

Bibliographie
– ANGENOT Marc, 1989, « Hégémonie, dissidence et contre-discours : réflexions sur les périphéries du discours social en 1889 », Études littéraires, vol. 22, n° 2, 1989, p. 11-24.
– BAKHTINE Mikhaïl [V.-N. Volochinov], Le marxisme et la philosophie du langage. Essai d’application de la méthode sociologique en linguistique, Paris, Éditions de Minuit, 1977 [1929].
– COLLOVALD Annie et GAÏTI Brigitte (éd.), La démocratie aux extrêmes. Sur la radicalisation politique, Paris, La Dispute, 2006.
– KRIEG-PLANQUE Alice, « “Formules” et “lieux discursifs” : propositions pour l’analyse du discours politique », Semen, n° 21, 2006, p. 19-47.
– KURTS-WÖSTE Lia, VALLESPIR Mathilde et WATINE Marie-Albane (dir.), La Violence du logos. Entre sciences du texte, philosophie et littérature, Paris, Classiques Garnier, 2013.
– LIBAERT Thierry et PIERLOT Jean-Marie, Les Nouvelles luttes sociales et environ- nementales, Paris, Vuibert, 2015.
– MOUFFE Chantal, The Return of the Political, Londres – New York, Verso, 1993.
– MOUFFE Chantal, The Democratic Paradox, Londres – New York, Verso, 2000.
– MOUFFE Chantal, Agonistics: thinking the world politically, Londres – New York, Verso, 2013.
– MOUFFE Chantal et LACLAU Ernesto, Hegemony and Socialist Strategy: Towards a Radical Democratic Politics, Londres – New York, Verso, 1985.
– NEGT Oskar, L’espace public oppositionnel, textes choisis, introduits et traduits par A. Neumann, Paris, Payot, 2007.
– NEGT Oskar, « L’espace public oppositionnel aujourd’hui », Multitudes, n° 39, 2009, p. 190-195 : https://www.cairn.info/revue-multitudes-2009-4-page-190.htm.
– NICOLAS Loïc et ALBERT Luce (dir.), Polémique et rhétorique de l’Antiquité à nos jours, Bruxelles, Éd. De Boeck, 2010.
– RAYNAUD Philippe, L’extrême gauche plurielle. Entre démocratie radicale et révolution, Paris, Autrement, 2006.

Communications attendues et procédure de soumission
Les propositions doivent nous parvenir avant le 1er février 2017 par voie électronique à l’adresse suivante : colloqueradicalite2017@gmail.com. Outre le texte de la proposition (1.000 à 1.500 signes), les documents (soumis au format .doc) doivent impérativement préciser le nom, le statut professionnel, le rattachement institutionnel, les coordonnées (adresses électronique et postale) et intégrer une liste des publications.
Les propositions de communications peuvent se présenter soit comme des analyses réflexives fondées sur des recherches empiriques récentes et achevées, soit comme des analyses de pratiques professionnelles en communication – témoignages de pratiques et réflexion sur les conditions de l’action, les justifications de l’action et les conséquences sur l’action.
Après un examen des propositions en double aveugle, le comité d’organisation retournera son avis aux auteurs le 27 février 2017 au plus tard.

Comité d’organisation
– Nicolas BAYGERT / Docteur en sciences de l’information et de la communication (Université Paris IV-Sorbonne / UCL), Chargé de cours (IHECS, ULB, CELSA).
– Esther DURIN / Doctorante en Sciences du langage (Praxiling / UPV Montpellier), Chargée de cours à l’IHECS.
– Élise MAAS / Docteur en sciences de l’information et de la communication (UVSQ), Maître de conférences (IHECS, ULB, Lille 3, Paris 1), Chercheur ULB et IHECS, Vice-présidente de la Commission Formation de la SFSIC
– Loïc NICOLAS / Docteur en langues et lettres (ULB), Collaborateur scientifique (ULB), Formateur à l’IHECS.

Comité scientifique
– Nicolas BAYGERT, IHECS, ULB, CELSA – Protagoras
– Eric BOUANCHEAUX ZUCKERMANDL, Université Paris-Descartes
– Nadège BROUSTAU, ULB (ReSIC), UQUAM
– Luc DE MEYER, IHECS
– Esther DURIN, IHECS – Protagoras / Praxiling
– François HEINDERYCKX, ULB (ReSIC)
– Thierry LIBAERT, membre du Comité Économique et Social Européen
– Élise MAAS, IHECS/ULB (ReSIC) – Protagoras
– Frédéric MOENS, IHECS
– Philippe MOREAU-CHEVROLET, MCBG, Sciences Po Paris
– Loïc NICOLAS, ULB (ReSIC), IHECS – Protagoras
– Jean-François RASKIN, IHECS
– Joel SAUCIN, IHECS, UCL (Lasco),
– John Van TIGGELEN, IHECS, UCL (Lasco)
– Patrick VASTENAEKELS, ICF
À propos de PROTAGORAS
Coordonné par l’Institut des hautes études des communications sociales (IHECS), le laboratoire d’idées PROTAGORAS ouvre un pôle de recherche interuniversitaire et interdisciplinaire en communication publique et politique. Le laboratoire vise à créer des ponts entre recherche fondamentale et recherche appliquée, entre chercheurs et praticiens de la communication publique et politique.
Site de référence : http://protagoras.ihecs.be