« Lors du débat, on a eu l’impression d’une vraie inimitié entre Nollet, Magnette et Bouchez »

Interview pour La Libre, publiée le 7 juin 2024. Propos recueillis par Elise Hallet.

Le débat qui se tenait sur RTL entre présidents de parti francophones s’est rapidement transformé en règlement de comptes.

Paul Magnette (PS), Georges-Louis Bouchez (MR), Jean-Marc Nollet (Ecolo), Maxime Prévot (Engagés), François De Smet (Défi) et Raoul Hedebouw (PTB). Voilà le casting d’un débat qui se tenait ce jeudi entre présidents de parti francophones sur le plateau de RTL. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la tension, voire l’agressivité, était au rendez-vous, particulièrement entre Georges-Louis Bouchez d’un côté et Paul Magnette et Jean-Marc Nollet de l’autre. “On a fait les frais du mauvais format, avec des prises de parole bien trop courtes. C’est propice aux petites phrases polémiques et à la normalisation du langage incendiaire”, regrette Nicolas Baygert, docteur en sciences de l’information et de la communication.

Un débat qui vire au règlement de comptes

Ce débat s’est d’ailleurs rapidement transformé en règlement de comptes. “Généralement, l’idée était plutôt d’imposer un cadrage dépréciatif sur le discours de son adversaire et de le réduire à un certain nombre de préjugés. C’est le fait d’une campagne permanente, on a des présidents de parti qui, même en étant au sein de majorité durant cinq ans, ont pratiqué une campagne permanente, et étaient donc dans un affrontement permanent. Il y a une hyper personnalisation de l’offre politique, l’affrontement de ce jeudi s’est principalement effectué sur le plan personnel. On a eu l’impression d’une vraie inimitié entre Nollet, Magnette et Bouchez”,constate-t-il.

”Les élections simultanées, ça complexifie les enjeux démocratiques. Il aurait fallu être pédagogue et faire un point sur les élections régionales, un point sur les élections fédérales et un point sur les élections européennes”, suggère Nicolas Baygert. Avant d’ajouter : “Ce débat a posé un problème à la majorité des participants : celui de défendre un bilan commun. La plupart ont été parties prenantes des majorités, tant au niveau fédéral qu’au niveau des entités fédérées”, souligne-t-il.

Qui est le grand gagnant ?

Une fois le débat clôturé, les participants ont été amenés à désigner un perdant et un gagnant. Un exercice difficile pour certains. Mais qui est sorti du lot, selon Nicolas Baygert ? “Si je dois pointer des gagnants, je le fais parmi ceux qui ont tenté la désescalade, ceux qui ont tenté d’élever le débat. C’était notamment le cas de François De Smet, qui, avec un peu plus d’intelligence, a tenté une remise en cause du format. Il a ironisé sur le fait qu’on ne lui laissait qu’une minute pour savoir s’il voulait être Premier ministre et seulement 45 secondes pour développer des sujets bien plus importants. On peut aussi citer Maxime Prévot qui a tenté de désamorcer l’atmosphère à certains moments.”

Qui est le perdant ?

Nicolas Baygert pointe plusieurs candidats du doigt. “La plupart des protagonistes ont été incapables de fournir une grille de lecture intelligible sur les enjeux des scrutins. On a plus eu un sentiment d’animosité entre des ego plutôt qu’entre des offres politiques. Ce type de dispositif médiatique laisse à croire qu’il existe une incapacité totale à s’entendre et à envisager une collaboration future. On acte la fin symbolique du fédéralisme de consensus. Mais ça ne correspond pas du tout à la réalité politique et à la réalité institutionnelle. Dans la phase électorale, c’est la radicalité qui s’impose, on va toujours surjouer la posture intransigeante. Les propos de François De Smet ou Maxime Prévot laissaient poindre cette réalité à venir, notamment le fait qu’il va peut-être falloir négocier avec la N-VA”, conclut-il.

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