Analyse du discours royal : Philippe s’exprime en tant que Roi et père, sans risquer de perturber les négociations fédérales

Compte rendu sur RTBF Actus de l’émission spéciale du 24 décembre 2024.

Il y a des traditions de Noël auxquelles notre pays ne déroge pas. Ce 24 décembre, le Roi s’est adressé aux Belges. Si l’exercice a donné lieu à un discours classique sur le fond, sur la forme, il s’est avéré original. 

Comme le souligne Danielle Welter, journaliste spécialiste de la famille royale, tout part d’un courrier envoyée au palais par une classe de première secondaire de l’école Sancta Maria de Louvain. Avec leur professeur d’actualité, les enfants de douze ans ont interpellé le roi par rapport au sort des enfants victimes de la guerre. Ils en ont fait une vidéo, où ils expriment leurs inquiétudes, mêlant des images de conflits et de l’Unicef. 

Le roi Philippe explique qu’en tant que Roi et père, il a tenu a relayer le message des enfants et a choisi de leur répondre.

« Chaque année le roi reçoit près de 50 000 courriers. Profondément touché par l’un d’entre eux, le roi Philippe explique qu’en tant que Roi et père, il a tenu a relayer le message des enfants et a choisi de leur répondre« , explique Danielle Welter. 

Un discours innovant sur la forme

Pour Caroline Sägesser, chercheuse au CRISP, la forme est clairement innovante par rapport aux discours convenus où le roi a l’habitude de prendre la parole, seul, de façon statique, depuis que le roi Baudouin a initié ces discours de Noël en 1951. 

On sent qu’il y a un vent de fraîcheur qui souffle un peu sur la communication du Palais Royal.

Caroline Sägesser, chercheuse au CRISP

 » On sent qu’il y a un vent de fraîcheur qui souffle un peu sur la communication du Palais Royal. Ça rappelle un peu la vidéo avec les Diables Rouges. On n’en est pas encore tout à fait dans la mise en scène telle qu’on a pu le voir avec Kate Middleton au Royaume-Uni. Mais on a quelque chose d’un peu plus innovant et d’un peu plus détendu « , souligne Caroline Sägesser. 

Nicolas Baygert, expert en communication, professeur à l’ULB, l’IHECS et Sciences Po Paris, parle même de  » révolution « . 

On est dans un exercice de storytelling, comme dans un conte de Noël.

Nicolas Baygert, expert en communication, professeur à l’ULB, l’IHECS et Sciences Po Paris.

 » Le roi raconte une histoire et on est dans un exercice de storytelling, comme dans un conte de Noël « , explique-t-il. Le message est « personnifié, avec de l’émotion et cela le rend plus accessible« , estime encore Nicolas Baygert.

 » Le but est d’engager émotionnellement son public. Les enfants, on le sait bien, c’est un levier émotionnel efficace « , analyse ce spécialiste qui voit là un moyen d’aborder des sujets délicats et se reconnecter avec le citoyen le jour du réveillon.

La politique internationale abordée sans nommer explicitement les conflits

Malgré la prudence sur la politique intérieur, Caroline Sägesser relève une dimension politique quand le roi Philippe mentionne plusieurs fois le droit international.  » On a ces images d’enfants, notamment à Gaza, présentes à l’esprit. On sait que c’est une thématique qui touche de façon importante un segment très large de la population belge « , appuie la chercheuse du CRISP. 

L’allusion reste toutefois prudente puisqu’aucun conflit n’est cité explicitement.

Pour le consitutionnaliste de l’Uliège Christian Berendt, le Roi a réussi  un exercice de communication en enlevant  » tous les thèmes qu’il valait mieux ne pas aborder compte tenu de la situation interne, à savoir une situation où nous n’avons pas de gouvernement de plein exercice « .

Extrême prudence du Roi sur la politique interne de la Belgique

Le roi Philippe a visiblement évité de s’appesantir sur les négociations politiques lors de ce 24 décembre. Après avoir reçu seize fois Bart De Wever au Palais, le souverain s’est contenté d’une petite phrase laconique à l’attention des négociateurs :  » l’année à venir devrait enfin voir l’ensemble de nos gouvernements au travail. Nous comptons sur eux « .

Cette phrase montre un souverain qui a confiance dans les négociations en cours

Caroline Sägesser, chercheuse au CRISP

 » Cette phrase montre un souverain qui a confiance dans les négociations en cours « , analyse Caroline Sägesser, du CRISP.

 » Dire qu’on veut avoir des gouvernements, un an après le scrutin, c’est tout de même un espoir qu’on peut former. Je n’y vois rien d’autre « , tempère Christian Berhendt, constitutionnaliste à l’ULiège. 

Le roi Philippe resterait, tout simplement dans son rôle : en l’absence d’un Premier ministre qui aurait les pleins pouvoirs pour le  » couvrir « , le roi Philippe ne pouvait en réalité aborder aucun aspect politique. 

 » S’il avait dit que le gouvernement devait faire ceci ou cela, alors que l’accord de gouvernement n’existe pas, ce serait un propos problématique « , rappelle Christan Berhendt. 

La forme innovante est donc tombée à pic pour faire oublier son discours jugé trop politique lors de la fête nationale.

Il montre simplement qu’il est réceptif à des messages que la population peut lui adresser. 

Christian Berhendt, constitutionnaliste à l’ULiège

 » Ici, il n’y a plus aucune critique possible puisque la politique intérieure est complètement évacuée. Il montre simplement qu’il est réceptif à des messages que la population peut lui adresser « , conclut Christian Berhendt.

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