Faut-il relayer chaque nouvelle idée de Georges-Louis Bouchez ?

Interview pour La Libre Belgique parue le 8 janvier 2025. Propos recueillis par Alice Dive.

Il ne se passe pas un jour sans que le président du MR dégaine une proposition que les médias s’empressent de rapporter. À qui profite cette stratégie ?

Un jour, une idée. À la Nicolas Sarkozy. Telle est la stratégie déployée par le président du MR, Georges-Louis Bouchez, pour occuper le terrain médiatique. Comment l’analysez-vous ?

C’est une stratégie bien connue en communication politique : on intervient fréquemment dans les médias, dans les statistiques, souvent sur des sujets qui tranchent avec le débat public du moment, par exemple en introduisant de nouvelles propositions sous la forme de formats courts. Cela permet de capter l’attention. C’est exactement ce que fait Georges-Louis Bouchez. Pour reprendre un terme anglo-saxon, je dirais que le président du MR est un « agenda setter », c’est-à-dire qu’il est capable de mettre des thèmes à l’agenda, il se rend incontournable puisqu’il contraint ses adversaires politiques à réagir à ses propos. En multipliant les déclarations, il occupe le terrain médiatique et brouille intentionnellement la frontière entre son rôle institutionnel de président de parti et sa figure d’agitateur idéologique qui, certes, peut être perçue comme polémique, mais a le mérite d’injecter de nouvelles propositions dans le débat public et dans le champ médiatique.


Cette stratégie de l’omniprésence est-elle pour autant efficace ?


Elle présente des risques, notamment celui de la saturation médiatique. Maintenir un flux permanent de propositions peut avoir pour effet de diluer l’impact de chaque idée. Le risque est alors que les contradicteurs politiques, la presse, ne discernent plus quelles sont les véritables priorités parmi les déclarations intempestives. Chaque nouvelle intervention efface la précédente, ce qui empêche de faire « pause » à un moment donné pour effectuer une réelle analyse critique de la nouvelle proposition. Mais globalement, cette stratégie du coup d’éclat permanent est assez efficace. Georges-Louis Bouchez est gagnant en temps réel, et cela n’a pas forcément de conséquences politiques ou institutionnelles. Cela étant, cette stratégie est parfois plus difficile à déployer pour certains transgresseurs en période de négociation. Là, il arrive que la dynamique d’agitation idéologique entre en conflit avec la logique de compromis et de discrétion prônée lors de négociations politiques.

En relayant les sorties successives de Georges-Louis Bouchez, la presse n’apporte-t-elle pas, elle aussi, de l’eau au moulin de celui-ci ?


Oui, bien sûr, c’est une question de responsabilité éditoriale. La presse doit se demander si elle souhaite ou non relayer chaque nouvelle idée émise par Georges-Louis Bouchez, parfois d’ailleurs au détriment d’autres acteurs ou sujets plus complexes ou moins polarisants. Si ce sont des faits qui sont évoqués, que la presse fasse son travail et vérifie ce qui est dit. Si l’on est dans le registre de l’opinion, qu’elle interroge les opposants politiques de celui qui émet l’idée. La question est par ailleurs de savoir si les médias ont du temps à consacrer à ces sorties successives. Mais, je le répète, la force de Bouchez, c’est de réussir à proposer aux médias du « prêt-à-médiatiser ». Et tout l’enjeu est alors de savoir si c’est Bouchez qui utilise les médias ou, a contrario, si ce sont les médias qui utilisent Bouchez. L’homme est un « bon client », comme on dit dans le jargon journalistique, et, à défaut de concurrence, il occupe l’espace médiatique. Il y a là une sorte de déséquilibre lié au fait qu’il n’y a pas de grandes forces de propositions en face de lui.

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