Interview pour Trends-Tendance parue le 22 janvier 2026. Propos recueillis par Frédéric Brébant.
Le président des Engagés Yvan Verougstraete a mis fin à sa tentative de former un gouvernement en Région bruxelloise. Il charge les libéraux flamands de l’Open VLD devenu Anders qui ne sont pas venus à la table des négociations au lendemain de l’annonce de ce rebranding.
Un curieux hasard ?L’avis de Nicolas Baygert, professeur en communication politique à l’Ihecs, l’ULB et Sciences Po Paris.
La décision du « nouveau » parti flamand Anders (ex-Open VLD) de ne pas s’asseoir à la table des négociations bruxelloises est-elle, au final, un coup de com’ politique pour mieux médiatiser ce rebranding ?
Nicolas Baygert :L’intention, je ne la connais pas, mais le timing me paraît, en tout cas, plutôt inique dans ce contexte-là. C’est-à-dire qu’on annonce un rebranding, alors que le parti se retire d’un processus de formation d’un gouvernement ou du moins d’une négociation. C’est d’autant plus étonnant puisqu’il y a, derrière ce nouveau nom, presque une forme d’imprécision. C’est un nom qui est quand même très générique et qui ne véhicule pas immédiatement une identité politique claire. Donc il y a un momentum, très clairement, qui a braqué les projecteurs sur ce rebranding.Y a-t-il pour autant un coup de com’ qui est, en quelque sorte, un coup bas institutionnel du point de vue bruxellois pour davantage valoriser le processus de refondation du parti flamand ? Là, on est dans l’interprétation, mais il est clair que ça pose question.
Dans cette crise bruxelloise, le narratif des partis a-t-il pris le pas sur la réelle envie de gouverner ensemble, comme vous le suggérez sur votre blog ?
Ce qui m’a d’abord interpellé dans cette crise, c’est le choix des métaphores avec, déjà en décembre, le recours à la métaphore Guinness. En gros, on commence par un branding décisionnel et on termine par un rebranding de parti. La métaphore Guinness est révélatrice parce qu’elle transforme une impasse politique en événement symbolique puisque les records Guinness sont spectaculaires. Il y a une dimension exceptionnelle et donc, dès le mois de décembre, il y a une sorte de packaging qui s’est imposé à la négociation, avant même qu’il n’ait produit le moindre effet.Autrement dit, on déplace le regard de la capacité de décision vers une sorte de performance narrative un peu morbide, puisqu’il y a cette idée de célébrer négativement un record de négociations et d’absence de gouvernement. Donc on martèle une sorte de narratif qui est engageant, dans la mesure où l’idée est de se motiver à aboutir finalement à un accord. Mais Guinness, c’est aussi le nom d’une bière particulièrement amère. Et donc, finalement, avec le recul, la métaphore était peut-être plus lucide qu’on ne le pensait…
Êtes-vous optimiste sur la suite des opérations ?
On a eu une forme de leadership avec Yvan Verougstraete qui se voulait positif, mobilisateur, mais qui ne disposait pas vraiment d’un arbitrage réel. Finalement, aujourd’hui, on voit que l’audace entrepreneuriale, même ça, ça ne fonctionne pas. Et je pense que dans cette dynamique, il ne sera pas le dernier formateur à s’y casser les dents.Bruxelles, d’un point de vue institutionnel, est devenu un vortex qui consomme toute ambition et qui broie même les politiques les plus aguerris. Et donc on voit que le système échoue, même quand les intentions sont bonnes. Je pense qu’il y a un problème vraiment systémique, avec un système qui absorbe les tentatives et les élus qui jettent l’éponge.Et donc, ce n’est pas un problème de talent individuel, mais bien un système qui rend l’échec structurel. C’est le symptôme d’une architecture cassée. Au bout de presque 600 jours, on devrait s’en rendre compte ! Il faut admettre la crise de régime et cette forme d’ingouvernabilité structurelle. Mais tant qu’on refuse d’admettre cette réalité institutionnelle, on va continuer dans cette direction de crise. Donc oui, je suis assez pessimiste sur la situation.
Lorsque le cdH a changé de nom pour devenir Les Engagés, beaucoup d’observateurs étaient sceptiques, mais ce nom a fini par s’imposer et le parti a fait de jolis scores aux élections. Pourrait-il en être de même pour Anders ?
Le paysage politique néerlandophone n’est pas exactement le même que le paysage politique francophone. L’idée, à l’époque du cdH qui est devenu Les Engagés, c’était de se repositionner quelque peu de manière centrale, même sur le centre-droit comme on a pu le voir. Et donc là, il y avait une vraie place à prendre en termes de parts de marché, sur l’échiquier électoral francophone.Il y avait une logique derrière, couplée à cette volonté d’attirer des personnalités de la société civile. Donc, je dirais qu’il y avait à la fois un rebranding et un restaffing, au sens où on a pu voir éclore des nouvelles carrières politiques.Maintenant, du côté de l’Open VLD devenu Anders, en termes de positionnement, d’un point de vue tactique, est-ce qu’il y a vraiment une place ? Parce qu’il y a déjà des partis qui sont quand même déjà très forts sur l’aile droite du paysage politique néerlandophone, que ce soit le CD&V, la N-VA ou le Vlaams Belang. L’occupation de terrain est beaucoup plus importante.Et c’est d’autant plus flou que ce rebranding ne clarifie pas, d’un point de vue dogmatique, les valeurs où le parti désire se placer.

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