Guerre en Iran : comment, à travers le sarcasme et l’ironie, Donald Trump tente de «banaliser la violence»

Entretien pour Le Figaro publié le 5 mars 2026. Un article et des propos recueillis par Marie de Montalembert de Cers.

DÉCRYPTAGE – «Nous avons largement détruit leur quartier général naval. À part cela, leur marine se porte très bien !», écrivait dimanche le président américain à propos de la destruction de neuf navires de la marine iranienne.

Après l’attaque, ce 28 février, des États-Unis et d’Israël contre l’Iran et la riposte de Téhéran, les messages satiriques du président Donald Trump ne faiblissent pas. Si le sarcasme a toujours été l’une des marques de sa communication, l’utiliser en pleine séquence militaire reste inhabituel pour un chef d’État. Ce mardi, la Maison-Blanche a publié sur son compte Instagram une vidéo vantant son opération en Iran. Mais la séquence, sur laquelle on aperçoit des bombardiers B-2, de frappes sur des infrastructures au sol, de tirs de missiles défile avec en fond sonore une version remixée de la Macarena«Nous avons largement détruit leur quartier général naval. À part cela, leur marine se porte très bien !», écrivait dimanche 1er mars Donald Trump sur son média Truth Social, à propos de la destruction de neuf navires de la marine iranienne.

Capture d’écran de Truth Social. Capture d’écran de Truth Social.

Ce qui distingue surtout Donald Trump des autres présidents, est la «légèreté» de ses propos sur des enjeux pourtant majeurs, souligne Nicolas Baygert, spécialiste en communication politique au Figaro. «En temps de guerre, la grammaire politique est habituellement bien plus grave. Les dirigeants adoptent une posture d’unité et privilégient une rhétorique solennelle», explique-t-il. Là où ses prédécesseurs auraient opté pour la retenue, il multiplie les formules chocs, les surnoms et les attaques personnelles; une approche qu’il maintient jusque dans le traitement du conflit avec l’Iran : «Les Iraniens veulent discuter. J’ai répondu : “Trop tard”», cinglait Donald Trump sur son compte Truth Social, le 3 mars, après quatre jours de guerre, ajoutant que «Leur défense aérienne, leur armée de l’air, leur marine et leur commandement sont anéantis».

«L’humour», explique Jérôme Viala-Gaudefroy, spécialiste de la démocratie américaine au Figaro, contribue dans ce conflit à «banaliser la violence». «Donald Trump adopte souvent une posture de fanfaron, multipliant superlatifs et exagérations. Lorsqu’il évoque des frappes militaires, le langage devient très extrême», souligne-t-il. Formuler certains discours sur le ton de la plaisanterie, permettrait de «mieux faire passer certaines idées», explique Nicolas Baygert. L’objectif n’est donc pas d’alléger le récit de la guerre, mais de la rendre politiquement plus acceptable. Selon lui, le mélange de mèmes (images humoristiques), de deepfakes (vidéos truquées) et de traits d’ironie agit comme un laboratoire : «il teste les limites du débat public et contribue à banaliser des propositions autrefois jugées inacceptables». Ces tweets chocs vulgarisent la politique, la rendant «plus accessible», précise-t-il : «Ce langage est particulièrement adapté aux réseaux sociaux, puisqu’il est performant du point de vue conversationnel et peut attirer un public éloigné de la politique.» 

«C’est une forme de théâtralisation»

Le spécialiste nuance toutefois : ce n’est pas parce que ces propos sont dits avec légèreté qu’il s’agit d’«un humour détendu»«L’objectif n’est pas de faire rire, explique l’expert, c’est toujours une forme de théâtralisation. Donald Trump est toujours dans l’incarnation et la mise en scène.»Comparant les mandats de Donald Trump à une série américaine, où les tweets feraient office d’épisodes et où chaque crise constituerait un nouveau rebondissement à suspense, Donald Trump serait le protagoniste de ce reality show. Et à travers l’humour, explique Nicolas Baygert, «l’audience est mobilisée émotionnellement».

Donald Trump se met scène en se présentant en tant que «leader providentiel qui triomphe de chaque crise, explique Nicolas Baygert avant de développer : «C’est une logique de performance multiregistre. Le premier registre est celui du solennel : toutes les communications qui visent à le crédibiliser et à magnifier sa posture présidentielle. Le deuxième est celui de la menace, destiné à maintenir une pression maximale sur ses adversaires. Enfin, vient le registre ironique et sarcastique. Il ne s’agit donc pas d’un défaut de cohérence, mais d’une stratégie délibérée d’hybridation des registres : un président à la fois institutionnel et transgressif», explique Nicolas Baygert.

«Humilier l’adversaire»

Cette politique spectacle est une manière de tenir les citoyens en haleine mais aussi de dicter l’agenda médiatique. «Trump fixe l’agenda narratif, notamment par sa vitesse de réaction», observe Jérôme Viala-Gaudefroy. Pour les deux experts, cette profusion de messages et cette immédiateté permanente empêchent toute prise de recul. «Le débat démocratique suppose une temporalité lente, une délibération. Ici, nous sommes dans l’émotion et la réaction instantanée. L’attention est sollicitée en continu», analyse Nicolas Baygert, qui évoque une stratégie consistant à «produire une abondance de contenus, y compris de faible qualité, afin de saturer les réseaux».

La logique trumpienne ne se limite pas à capter l’attention. Selon Nicolas Baygert, Donald Trump «transforme souvent les conflits en spectacle et l’adversaire en objet de dérision». Une stratégie qui, selon Jérôme Viala-Gaudefroy, vise d’abord à «humilier l’adversaire». Une mécanique qui n’est pas entièrement nouvelle, la diabolisation de l’ennemi constituant un ressort classique de la communication de guerre.

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