Valérie Trierweiler ou l’état de disgrâce

Analyse parue dans Le Plus (Le Nouvel Observateur) le 1er février 2014 sous le titre « De Gayet à la rupture : comment Trierweiler s’est érigée victime d’un Hollande goujat ».

Valérie Trierweiler dans les rues de Mumbai, le 28 janvier 2014 (R. KAKADE/SIPA).

Valérie Trierweiler dans les rues de Mumbai, le 28 janvier 2014 (R. KAKADE/SIPA).

Avec l’affaire Gayet, le quinquennat « social-démocrate » connut son tournant people. D’un côté, on décèle un François Hollande, visiblement soulagé, qui hormis quelques sorties peu chaleureuses sur son ex-compagne semble avoir résolument tourné la page. De l’autre, on assiste à la genèse people d’une ex-Première dame en pleine refonte identitaire. « Libre », la journaliste, méconnue du grand public avant son passage à l’Élysée, pèse désormais sur l’agenda médiatique.

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L’ex-première dame vit en réalité un état de disgrâce – qui, comme son nom ne l’indique pas, traduit un moment de médiatisation intense et éphémère. Une période privilégiée qu’il s’agit aujourd’hui de mettre à profit afin de s’assurer le contrôle de son propre récit de vie. Objectif : bâtir une trame narrative autonome et prétendre au monopole de l’énoncé, et surtout faire perdurer l’intérêt. 

Mais son récit victimaire, déroulé devant la France entière, suffira-t-il à la transfigurer en martyr du quinquennat ?

Objectif : retourner l’opinion

« J’étais là, je serai là après » – l’épisode de l’hospitalisation au lendemain de la révélation de la liaison de François Hollande avec l’actrice Julie Gayet devait, à ce titre, symboliser l’acte de naissance d’une nouvelle Valérie Trierweiler, marquant la reprise en main de son agir médiatique.

Un « re-branding » plus que nécessaire – la notoriété de Valérie Trierweiler s’exhibant d’emblée sous des aspects négatifs : personnalité jalouse et colérique, revancharde. « Anti-Cécilia » (l’arlésienne du début du mandat sarkozyste), Valérie Trierweiler désira marquer la victoire du 6 mai 2012 de son empreinte : « Embrasse-moi sur la bouche » – un baiser volé comme premier geste d’auto-affirmation.

Aussi, le tweet dévastateur contre Ségolène Royal finit d’installer l’image d’une Dame de Pique dans l’inconscient collectif français. « Ne vous mariez pas avec Valérie, on l’aime pas en France » – des propos certes anecdotiques d’une quidam dijonnaise adressés au président lors d’une visite en Côté-d’Or en mars 2013, mais suffisamment symptomatiques et repris en boucle par les médias.

On notera aussi la rumeur autour de la destruction du mobilier de l’Élysée, nécessitant un démenti officiel. Là encore, Valérie Trierweiler fut dépeinte comme une furie saccageant le mobilier présidentiel pour un total de 3 millions d’euros. De même, il s’agit aujourd’hui de lutter contre les propos anonymes, dépeignant l’ex-First Lady comme insupportable.

L’heure est au « storytelling » post-répudiation

Certains auront d’emblée dressé des similitudes entre Valérie Trierweiler et Lady Diana. Un même penchant humanitaire, avec son rôle d’ambassadrice pour la Fondation France Libertés et son voyage en Inde pour l’ONG Action contre la Faim (ACF). Mais la comparaison s’arrête là.

Dotée d’un capital sympathie intact, voire boosté par le divorce princier prononcé en 1996, Diana restait la mère de William, l’héritier au trône, demeurant ainsi à jamais liée au destin des Windsor. Notons aussi que pour se débarrasser de la populaire princesse, Buckingham dû mettre le prix. Diana recevra près de 15 millions de livres de compensation et 600.000 livres par an pour l’entretien de son secrétariat. Elle put en outre conserver son appartement au Palais de Kensington et compter sur l’escadron royal pour ses déplacements aériens.

Retournée vivre au 5e étage de l’appartement qu’elle loue rue Cauchy, Valérie Trierweiler ne peut prétendre au même luxe, et encore moins au statut de « princesse des cœurs ».

Pourtant, en confisquant la clôture relationnelle, croyant naïvement mettre un terme à la fâcheuse séquence du Gayet-Gate, François Hollande endossa inutilement le rôle du goujat et offrit à son ex-compagne la possibilité d’exister médiatiquement. Un coup-de-pouce essentiel permettant à cette dernière d’entamer son martyrologue, le « licenciement sans préavis » constituant l’ »épisode pilote » d’unsoap opera à même de polluer cette seconde moitié de quinquennat.

« En l’espace de quelques jours, j’ai reçu des centaines de lettres et de messages de soutien de femmes et d’hommes ». L’ambitieuse entreprise de « storytelling » post-répudiation est donc essentiellement destinée à gagner les cœurs – pour gagner la guerre ?

La stratégie de l’antiphrase

Parmi les différentes figures de style, tandis que le président ne jure que par l’anaphore, l’antiphrase semble avoir la préférence de Valérie Trierweiler. « Je ne veux pas faire partie de la catégorie des people et je n’en ferai pas partie », annonça-t-elle avant d’entrer dans la limousine la transportant jusqu’à son hôtel à Bombay.

« J’aurais préféré une vie normale ». En s’épanchant dans « Le Parisien » ou dans « Paris Match », c’est pourtant bien à l’éclosion d’une people d’un nouveau genre que l’on assiste. « Je suis plus dans la déception que dans la colère, mais je n’exclus pas d’écrire un livre… »

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L’heure est au storytelling égotiste, à la scénographie de son vécu. « Quand j’ai su, c’est comme si j’étais tombée d’un gratte-ciel »Défenestrée abruptement, l’ex-Première dame cherche à atterrir quelque part.

D’abord en Inde, « un détour vers la liberté », où elle multiplia les confidences esquissant les contours d’un nouveau récit biographique empreint d’abnégation et d’humilité :

« Je n’aimais pas les ors de l’Élysée »

« Je me suis retrouvée à l’Élysée sous les dorures. Les gens le savent peu, mais ma mère était caissière et mon père, amputé d’une jambe. J’ai grandi dans un HLM. Il y a eu un énorme décalage. »

Elle veillera ainsi à remercier le petit personnel élyséen pour son « dévouement ». « Je ne suis pas Cendrillon » – autre antiphrase.

Objectif : s’assigner la version officielle du « premier drame » et continuer à alimenter la « feuilletonisation » de la vie publique en véritable maquisarde, là où François Hollande décide de rester muet. « Nous ne sommes pas en guerre » : énième potentielle antiphrase, si l’on tient compte de sa remarque cinglante à propos de l’annonce AFP du président : « Dix-huit mots, presque un par mois passé ensemble depuis son élection ».

Une « peopolisation » qui va parasiter la suite du quinquennat

Déjà torpillé ponctuellement par quelques scuds sarkozystes, l’Élysée, n’offrant aucun récit officiel, devra dorénavant compter sur cet énonciateur extérieur susceptible à tout moment de court-circuiter le discours présidentiel et de détourner l’attention médiatique des priorités du gouvernement.

Le « silence pudique » de l’entourage du président et la tentative pathétique de gommer la présence de l’ex-Première dame du portail de l’Élysée (600 clichés effacés) n’y changeront rien.

Une première ? Un précédent à un échelon peopolitique inférieur existe : la séparation du couple Pulvar-Montebourg. On se rappellera en effet le « déscotchage » plus ou moins apparent effectué par Audrey Pulvar suite à sa rupture avec Arnaud Montebourg, n’hésitant pas à ouvertement critiquer l’action du gouvernement.

Reste à observer si Valérie Trierweiler, après l’état de disgrâce, ne connaîtra pas le même« purgatoire » auquel semble faire face la chroniqueuse du « Grand 8 », autre « femme libre ».

L’affaire Gayet et la confirmation tacite du statut d’ex-Première dame n’auront véritablement fait que confirmer la « tabloïdisation » généralisée de la sphère journalistique française. La presse a pris goût aux confidences de boudoir, restant à l’affût des prochaines « séquences » du vaudeville élyséen.

La nomination cocasse de Julie Gayet dans la catégorie « meilleur second rôle féminin » pour « Quai d’Orsay », le film de Bertrand Tavernier, ne mettant que davantage en lumière la propension de cette « peopolisation » à parasiter la suite du quinquennat.

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