Élus d’origine étrangère à Bruxelles : la victoire de la diversité ?

Interview croisée dans le magazine Moustique, parue (en ligne) le 15 octobre 2018. Propos recueillis (par téléphone) par Martin Monserez [texte corrigé].

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© Belga

En région bruxelloise, quatre bourgmestres élus sur 19 sont issus de minorités culturelles. Une tendance qui devrait se renforcer à l’avenir selon les politologues Pierre Vercauteren (UCL) et Nicolas Baygert (ULB).

 

Emir Kir (PS) ne sera désormais plus le seul bourgmestre d’origine étrangère à porter l’écharpe mayorale. En place depuis 2012, l’élu socialiste de Saint-Josse-Ten-Noode a été « rejoint » hier par Ahmed Laaouej (PS) – qui a devancé le bourgmestre sortant Philippe Pivin (MR) à Koekelberg -, ainsi que par l’humaniste Pierre Kompany (photo) à Ganshoren. Le père du leader charismatique des Diables Rouges devient le premier bourgmestre d’origine africaine du pays ! Un événement que ses footballeurs de fils, Vincent et François, n’ont pas manqué de célébrer en vidéo sur le compte du frère aîné.

La confirmation est également tombée cette nuit à Ixelles : le candidat vert d’origine grecque Christos Doulkeridis prend la tête d’une coalition Ecolo-PS et éjecte le MR de la majorité. Ce sont donc pas moins de quatre élus issus de minorités qui se retrouvent à la plus haute fonction communale en région bruxelloise. Un cinquième pourrait leur emboîter le pas en la personne de Ridouane Chadid (PS) qui est en balance avec Christian Béozière pour suppléer Rudi Vervoort en tant que bourgmestre faisant fonction à Evere. Avec quatre à cinq sièges mayoraux sur 19 occupés par un bourgmestre d’origine étrangère en région bruxelloise, peut-on parler d’une victoire électorale de la diversité ?

« [ndlr: Mon dessein fut ici d’emblée de remettre en cause le principe de « victoire de la diversité » – la diversité : concept axiologiquement chargé] Pour que la diversité soit perçue comme gagnante, il faudrait que toutes l’ensemble des les communautés culturelles qui caractérisent la Belgique aujourd’hui présentes à Bruxelles soient  puissent être d’abord figurer représentées sur les listes et soient ensuite équitablement représentées au sein des conseils communaux », sourit Nicolas Baygert, professeur de science-politique communication politique à l’IHECS, et à l’ULB et Sciences Po Paris. « Le multiculturalisme fait désormais partie de l’ADN bruxellois. En ce sens, il est tout à fait logique de voir des candidats d’origines non-européennes issus de la diversité prendre place sur les listes et que certains soient plébiscités pour devenir bourgmestre. Les résultats dans les communes bruxelloises témoignent en tout cas d’une réelle solidarité communautaire au cours de ces élections et il serait très intéressant d’analyser les voix de préférences au cas par cas, quartier par quartier ».

Selon Pierre Vercauteren, politologue à l’UCL, les victoire de bourgmestres issus de minorités en région bruxelloise n’a en tout cas rien de surprenant. Au contraire, cela fait un (long) moment que les observateurs du jeu politique avaient « prédit » ces résultats. « C’est dans la suite logique de l’évolution sociologique de Bruxelles. Dans certaines communes, la majorité des jeunes en âge de voter sont issus de familles d’origines non-européennes. Inévitablement, les résultats au niveau politique en allait être impacté, explique le professeur.Sociologiquement, cette évolution entraîne une poussée des votes en faveur de la gauche comme on peut le remarquer dans de nombreuses communes à Bruxelles ».

À quand le premier bourgmestre noir en Wallonie ?

En Wallonie, où les candidats du terroir ont toujours eu l’avantage, aucun candidat issu de minorités inscrits sur une liste électorale n’a obtenu la majorité des voix de préférence. Partie remise alors ? « Depuis quelques mandatures déjà, les listes électorales comptent des candidats issus de minorités. Si aucun d’entre eux n’est arrivé en tête des voix, on pourrait assister à des évolutions avec effet différé comme ce fut par exemple cas avec Elio Di Rupo », estime Pierre Vercauteren. « Dans nombre de communes, des personnalités de deuxième ou troisième génération se sont intégrés dans le tissu politique belge. D’ici quelques mandatures, on ne devra d’ailleurs peut-être plus parler de candidats issus de minorités, mais simplement de générations de belges plus récentes et qui prétendront naturellement au poste de bourgmestre ».

Nicolas Baygert reste prudent : « Ce week-end, les citoyens wallons ont montré une volonté de donner leur chance à d’autres candidats plus jeunes ou aux sensibilités politiques différentesMais ça cela reste compliqué d’imposer de nouveaux visages, sans lien direct avec les réalités et équilibres politiques locaux,surtout en tête de liste, car le calcul des voix de préférence est très important [ndlr: phrase mal comprise]. Il revient donc aux partis de faire des choix dans au moment de la composition des listes pour donner une chance de favoriser ou non à des les candidats « issus de la diversité«  [ndlr: guillemets ajoutés car cette catégorisation journalistique me paraît caricaturale] pour le poste de bourgmestre en Wallonie ».

 

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