Interview pour La Libre Belgique, parue le 1er novembre 2024. Propos recueillis par Marie Rigot.
Même s’il n’est pas en tête dans les sondages, Donald Trump jouit de plusieurs points forts qui pourraient lui permettre de remporter la présidentielle américaine face à Kamala Harris.
A quelques jours seulement de l’élection présidentielle américaine, le suspense reste total. Kamala Harris et Donald Trump sont au coude à coude dans les sondages. La candidate démocrate, qui a pris la relève de Joe Biden dans le courant du mois de juillet, a réussi à inverser les tendances défavorables à son camp jusque-là. Mais si elle a rapidement pris la tête dans cette course à la Maison-Blanche, elle n’a depuis lors plus progressé, laissant son adversaire réduire petit à petit l’écart les séparant.
L’actuelle vice-présidente a toutefois impressionné les observateurs tout au long de sa courte campagne. Que ce soit lors du débat qu’elle a gagné haut la main ou en meeting, la démocrate a montré qu’elle avait les épaules pour endosser le rôle de présidente.
L’ancien locataire de la Maison-Blanche a quant à lui beaucoup moins surpris. Mais il ne faut pas pour autant y voir une faiblesse. En effet, son style plait à ses militants et il le sait. D’ailleurs, les observateurs ont identifié plusieurs avantages qui pourraient jouer en faveur du milliardaire.
Explications.
1. Des électeurs fidèles
Comme on a déjà pu le constater en 2020, Donald Trump conserve une popularité incroyable auprès de nombreux Américains. « Ses électeurs lui sont d’une fidélité absolue, peu importe ses frasques » a détaillé Serge Jaumain, professeur d’histoire contemporaine à l’ULB, à La Libre. « Il a une capacité de mobilisation incroyable. La preuve est qu’il a eu plus de voix en 2020 qu’en 2016. Son image de mauvais bougre, très crispé, qui a une perception très négative des Etats-Unis plait. Ca parle à une partie de l’Amérique, qui est mécontente, aigrie et qui trouve que les démocrates prennent trop de place. »
À la grande différence de Kamala Harris, l’ancien président n’avait plus rien à gagner dans cette campagne puisque son électorat était fixé et acquis. « S’il a accepté par exemple le débat face à Harris, ce n’était pas tellement pour aller chercher des électeurs supplémentaires, mais c’était surtout en espérant que Harris s’effondre et donne une mauvaise image », a encore poursuivi Serge Jaumain. Mais, comme sa rivale a plus que fait ses preuves, le candidat républicain a préféré ne plus réitérer l’expérience. Après tout, comme il n’avait rien à gagner, pourquoi laisser l’opportunité à Kamala Harris de grimper en popularité à ses dépens ?
2. L’important soutien des stars
A la différence du précédent scrutin, Donald Trump a su s’entourer de soutiens de taille, qui peuvent faire la différence. « Elon Musk est un renfort exceptionnel dans le cadre de sa campagne avec la caisse de résonance offerte par X (ex-Twitter) », nous a détaillé Nicolas Baygert, professeur de communication politique à l’hecs, l’ULB et Sciences Po Paris. « Vous avez également un Kennedy, en la personne de Robert Kennedy Junior, qui rejoint le camp républicain. Les Kennedy, historiquement, c’est un peu l’aristocratie du parti démocrate. Et ici, Robert Kennedy Junior défend en plus un thème très particulier, celui de la santé. Avec son « Make America Healthy Again », il entend lutter contre les pharmas, l’industrie agroalimentaire etc. Enfin, vous avez Tulsi Gabbard, qui est une ancienne candidate démocrate aux primaires de 2020 qui avait d’ailleurs défié Joe Biden et Kamala Harris. Cette vétérane a rejoint le camp Trump et dispose de cette crédibilité liée à son parcours dans l’armée américaine. »
À noter toutefois que l’ancien locataire de la Maison-Blanche a vu la superstar Taylor Swift lui tourner le dos. Le milliardaire qui aurait tant aimé bénéficier du soutien de l’idole des jeunes a dû se résigner à la voir appeler à voter en faveur de sa rivale. « C’était un moment essentiel de cette campagne électorale », , nous a expliqué Serge Jaumain. « Taylor Swift a un nombre impressionnant de followers sur Instagram et elle a une véritable influence. Elle l’a déjà démontré. Quand elle a demandé en 2023 des inscrire sur les listes, on a observé une augmentation conséquente du nombre de votants. C’est d’autant plus un revers pour Donald Trump qu’il avait laissé entendre, notamment par un montage, qu’elle lui était sud des Etats-Unis. C’est une figure qui, vu son parcours, pourrait a priori soutenir Donald Trump. Une grande partie de ses fans sont d’ailleurs des électeurs de Donald Trump. »
3. Le thème de la migration
Plusieurs thèmes ont longuement été abordés tout au long de la campagne. Mais l’un d’eux en particulier semble monopoliser l’attention depuis un petit temps: la question migratoire. Au grand bonheur de Donald Trump, qui en a fait sa marque de fabrique. « Cela pourrait faire basculer l’élection », a affirmé Nicolas Baygert. « C’est une crise palpable auprès des Américains, une grande inquiétude. On a même vu des maires de grandes villes, pourtant démocrates, évoquer publiquement une sorte de submersion. Le bilan Biden-Harris à ce niveau est très critiqué. »
Et l’ancien locataire de la Maison-Blanche a largement surfé sur cette vague qui lui est plutôt favorable tout au long de la campagne. Quitte à adopter un discours de plus en plus virulent et stigmatisant. Il a ainsi estimé que les migrants « empoisonnaient le sang du pays » et voulaient « violer, piller, voler, saccager et tuer le peuple des États-Unis d’Amérique ». Ses propos lors du débat face à Kamala Harris sur les migrants « qui mangeaient des chats et des chiens » ont également fait couler beaucoup d’encre. Mais cette fake news qui circulait sur X reprise par l’ex-président des Etats-Unis n’a pas manqué de ravir une partie de son électorat.

Laisser un commentaire