Le corps glorieux d’Elio

Une carte blanche à fort retentissement, parue dans La Libre Belgique le 30 mars 2011.

© Virginie Defour / Belga

Dans un contexte international peu avenant, il n’y a plus grande occasion à sourire. Aussi, la récente apparition d’Elio Di Rupo à la piscine de Mons, à l’occasion de l’ouverture du nouveau bassin, a fait figure d’heureuse distraction. C’est désormais un fait avéré : le ridicule ne tue pas et au-delà de l’aspect comique du slip de bain rouge revêtu par le président du Parti socialiste, la mise à l’eau d’Elio démontre avant tout une gestion d’image bien rodée.

Mens sana in corpore sano. L’exhibition du corps mince et dessiné d’un Elio Di Rupo qui fêtera cette année ses 60 ans, marque une césure esthétique évidente avec un Bart De Wever et bien d’autres élus au bagage adipeux ou à l’hygiène de vie douteuse. Davantage qu’une autoglorification de la chair justifiant les désormais célèbres allers-retours en salle de sport, la mise à nu de Di Rupo fait de lui un être sans âge incarnant la « grande santé » socialiste : le résultat voulu d’un « corps glorieux », désincarné et lisse. Une dépendance au fitness évoquant les séances de jogging sarkozystes qui, là aussi, mettent en scène un corps présidentiel « en mouvement » et témoignent d’un contrôle sur soi et d’une prédisposition à l’effort.

Dans l’univers de la politique belge, Elio Di Rupo s’est illustré, bien avant tout le monde, par un souci prononcé pour son image, conscient de son statut d’homme-marque, immédiatement reconnaissable. Un homme-marque tel Karl Lagerfeld, qui en 2000 retrouvait sa taille de jeune homme pour entrer dans les vêtements très cintrés du créateur Hedi Slimane pour Dior Homme et qui depuis demeure comme une « gestalt » en représentation. Un personnage identifiable d’après quelques attributs stylistiques ou capillaires. Comme jadis l’éventail, le catogan, le col haut et les lunettes noires participent autant à l’image de marque du directeur artistique de Chanel que le nœud papillon et la mèche corbeau à celle du leader socialiste. Dans l’épisode du bassin montois, le maillot rouge remplace le nœud papillon, signifiant emblématique de la marque Di Rupo.

Mais cette soudaine mise à nu règle également le problème de l’âge pour un certain temps, et expliquerait pourquoi Di Rupo brise l’écume du bassin avec autant d’entrain : la piscine montoise constitue sa fontaine de jouvence. Il s’agit en effet de s’immuniser contre les poussées d’une vague jeuniste dans l’ensemble de la classe politique et au sein même de son Parti : la jeune garde du PS, « propre sur elle », au sens propre comme au figuré, d’un Paul Magnette ou d’un Stéphane Moreau, qui aura finalement réussi à débarquer l’indéboulonnable Michel Daerden du mayorat de Ans. Un Moreau qui tel Brutus veut tuer « Papa ». Contrairement à Daerden, Herman De Croo ou Louis Michel, Di Rupo n’a pas de fils spirituel ou génétique. Sans successeur (bio)-logique, il demeure par conséquent irremplaçable dans le paysage politique francophone. Et au-delà de ces pousses prometteuses, la représentation du corps du chef est également prompte à d’ores et déjà ringardiser une génération intermédiaire d’élus, aux looks moins entretenus.

Aussi, avec cette baignade montoise, l’homme fort du PS nage à contre-courant des récentes piques de collègues sur sa propension au fond de teint. On se rappelle en effet des petites phrases assassines entre négociateurs, prononcées en « off », où il était question d’un Di Rupo courant précipitamment aux toilettes pour se maquiller:« Il veut être parfait devant les caméras de télévision pour bien passer dans les interviews. » (« La Libre », 6 octobre 2010). Loin d’une figure à la Gustav Von Aschenbach, le personnage crépusculaire et troublé de Mort à Venise dont l’épaisse couche de fard blanc visait à masquer les dégâts des années, avec Di Rupo on entre dans un processus de « berlusconisation » du corps; un corps sans honte qui se montre. Avec Elio au bain, c’est l’image d’un PS en pleine santé qui, dans un élan de transparence maîtrisée, s’exhibe sans fard – preuve de son incontournabilité ?

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