Dérapages ou plan com’?

Interview parue dans La Dernière Heure, le 5 février 2013.

Nouvelle polémique déclenchée par Bart De Wever. Cette fois, sur les T-shirts homos derrière les guichets communaux

 

BART DE WEVER ANVERS Le malaise du président du PS Paul Magnette était perceptible hier matin sur les ondes de La Première. Comment devait-il réagir face à la nouvelle provocation de son homologue de la N-VA Bart De Wever, également bourgmestre d’Anvers ?

Ce dernier veut interdire aux fonctionnaires de porter des T-shirts arc-en-ciel s’ils travaillent au guichet de la ville, parce que cela les identifie clairement comme étant homosexuels…

Nicolas Baygert est expert en communication politique à l’UCL. Il résume le dilemme. “Que faire ? Ne rien dire et laisser Bart De Wever agir ? Ou bien pointer son action et mettre à nouveau toute la lumière sur lui ?”

Paul Magnette s’en sortira en dénonçant l’amalgame que le nationaliste fait entre homosexualité et appartenance religieuse, philosophie ou politique. “De Wever fait des amalgames faciles”, confirme Nicolas Baygert. Mais, de cette manière, “il impose avec fermeté sa vision de l’administration (totalement neutre, proche de ce qu’on connaît en France) en évitant de pointer directement une communauté trop facilement identifiable, comme les musulmans avec, derrière, la question du port du foulard. Il déplace le focus vers une autre communauté.”

Sorties sur les junkies wallons, sur le baromètre de l’immigration, sur les excuses “gratuites” de l’ancien bourgmestre d’Anvers quant à la collaboration de la ville pendant la Deuxième Guerre mondiale,… Le discours de Bart De Wever s’inscrit “en rupture” avec le discours politique traditionnel. “C’est sa marque de fabrique, une communication très directe qui plaît” à un électorat flamand en demande de changements.

Le spécialiste poursuit. “Il a la volonté de se distancer de la pensée unique, de la langue de bois. Mettre en avant des éléments choquants est une façon de communiquer qui n’est pas habituelle chez nous. Il marque l’opinion publique et dicte l’agenda politique en imposant à ses adversaires de se positionner par rapport à lui. Et ça fonctionne.” La preuve encore avec la sortie sur le T-shirt gay.

Nicolas Baygert met par ailleurs en garde contre les raccourcis simplistes qui tendraient à rapprocher le patron de la N-VA de l’extrême droite. Il est certes “dans une stratégie du coup d’éclat permanent. Il veut faire le buzz. Mais ce n’est pas une stratégie propre à l’extrême droite. D’ailleurs, Bart De Wever s’est toujours montré très clair, dans ses interviews, sur l’extrême droite ou sur d’éventuels rapprochements avec le Vlaams Belang.”

Et jouer cette carte, surtout côté francophone, risque de ne faire qu’“alimenter la diabolisation” de sa personne. Une attitude qui “n’est pas très constructive” et accroît le capital sympathie du leader nationaliste envers ses électeurs.

Antoine Clevers

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