Kate Middleton accouche bientôt : ce que cette naissance pourrait apporter au Royaume-Uni

Analyse parue dans Le Plus (Le Nouvel Observateur), le 30 juin 2013.

Le Royaume-Uni retient son souffle. Un (ou une) héritier(e) de la couronne devrait voir le jour très prochainement. Alors que Kate Middleton continue de faire des apparitions en public, elle ne peut ignorer l’exposition de son enfant à naître. Nicolas Baygert, chercheur en communication, estime que les retombées liées à cette naissance seront positives pour le pays.

1121372409043

Kate Middleton, enceinte, baptise le bateau Royal Princess, à Southampton, le 13 juin 2013 (C.JACKSON/AFP).

L’annonce de la grossesse de Kate Middleton passionne le Royaume-Uni et au-delà.

Le monde entier fut d’emblée informé des nausées dont souffrait la princesse au début de sa grossesse, les tabloïds s’interrogeant quant à eux sur le futur aspect physique du bébé, études morphologiques à la clé. Une grossesse ultra-médiatique néanmoins endeuillée par le décès de Jacintha Saldanha, l’infirmière victime d’un canular téléphonique monté par une radio de Sydney.

Épisode qui déboucha sur une séquence pathos avec les humides excuses des deux présentateurs de 2Day FM et le versement d’une somme de 500.000 dollars australiens à la famille de la défunte.

Aujourd’hui les paris sur le futur prénom de l’enfant vont bon train, les britanniques s’attendant à un accouchement imminent.

Populisme monarchique

La duchesse de Cambridge accouchera dans l’hôpital où les princes William et Harry sont nés, le St Mary’s Hospital – énième clin d’œil à l’héritage Diana, synonyme de proximité et de simplicité. Pour rappel, c’est bien l’hypermédiatisation de la figure de Diana, princesse humaine trop humaine, qui permit historiquement au culte monarchiste vieillot de fusionner avec la culture populaire, à travers une couverture people dans les tabloïds.

Après un re-branding complet – à savoir une mise à niveau de la marque royale au regard des nouvelles exigences communicationnelles – la monarchie a depuis presque trois ans entamé un nouveau chapitre de son récit médiatique.

C’est ainsi qu’en novembre 2010 déjà, le compte Twitter officiel du Prince Charles annonça les fiançailles du Prince William avec Kate Middleton. Aussi, l’entrée officielle en 2011 de Kate au sein de « The Firm« , comme aiment à s’appeler les royals (avec sa sœur Pippa dans les bagages), contribua au décloisonnement des Windsor en leur apportant une caution mainstream.

Une princesse « normale » à Buckingham, Albion incarnée par une « girl next door » : une l’ex-vendeuse devenue duchesse, propulsant la monarchie dans l’ère des quidams élevés au rang de stars. Par conséquent, l’actuel buzz autour du « royal baby » n’est autre que le fruit de cet amour retrouvé entre un peuple et sa famille royale.

Les Cambridge, une famille normale

Il existe par ailleurs de nombreuses spéculations sur la façon dont le Duc et la Duchesse de Cambridge entendent structurer leur ménage.

La mère de Kate ayant d’ores et déjà annoncé son intention de s’impliquer. Le traditionnel choix de la « nanny » à plein temps d’emblée semble écarté, constituant là une rupture historique avec les usages de la cour.

On songe ici à Olga Powell, la nanny dévouée pendant 15 ans à l’éducation de William et Harry. Décédée l’an passé, le Prince annula plusieurs apparitions officielles afin d’assister à ses funérailles.

Tim Graham / Getty Images

Tim Graham / Getty Images

Kate et William, famille normale ? L’humilité hollandiste est décidément dans l’air du temps.

Baby-boom (économique)

En ces temps de crise financière, les nouvelles du Palais agissent comme antidépresseur sociétal.

Aussi, malgré un triple A supprimé par l’agence Fitch Ratings en avril, le Royaume-Uni s’attend à un véritable boom économique lié au « royal baby« . Selon une étude publiée par le Centre for Retail Research (CRR – Centre d’études sur les ventes au détail, basé à Nottingham), il est prévu que les britanniques consacrent 243 millions de livres sterling (soit environ 284 millions d’euros) à la naissance du rejeton royal.

Et c’est le Palais qui serait susceptible de bénéficier de la naissance –  avec une gamme de vêtements et de cadeaux déjà disponibles sur les sites de ses boutiques en lignes (Royal collection trust).

Buckingham compte également lancer une gamme officielle de produits « baby Cambridge » (mais seulement après la naissance du bébé). Eco-entrepreneur dans l’âme, le Prince Charles vend lui aussi des chaussons de bébé faits-main via son gift shop à Highgrove, sa propriété de campagne. Les recettes générées par ces ventes n’iront toutefois pas directement à la famille royale mais seront réinvesties dans la préservation du patrimoine (domaines royaux et collections d’art).

© Highgrove

© Highgrove

À l’inverse, Party pieces, la société de vente d’articles de fête des Middleton compte bien capitaliser sur cette naissance avec une gamme « baby arrival« . En décembre déjà, après l’annonce de la grossesse princière, l’entreprise parentale proposait une gamme de produit « Little Prince » et « Little Princess« . Party Pieces vaut aujourd’hui plus de 30 millions de livres sterling et emploie une trentaine de personnes.

Dans son étude, le CRR ajoute même que la poussette adoptée par le couple princier deviendra un véritable must-have. L’heureux fabricant doit s’attendre à un boom semblable à celui vécu par iCandy peach, la poussette choisie par Victoria Beckham pour sa fille Harper. iCandy vu son chiffre d’affaire presque tripler (de 3,6 millions de livres en 2009 à 9,6 millions en 2011). De manière symptomatique, les Beckham et Cambridge sont ici mis sur un même plan en termes d’impact économique et social.

THE BECKHAMS ENJOY A FAMILY DAY OUT AT UNIVERSAL STUDIOS

UK Branding

En effet, au côté de David Beckham, le couple princier est devenu ces dernières années l’une des figures de proue de l’entreprise de nation-branding (marketing territorial) britannique.

À noter l’arrivée fracassante, sur les étals des magasins de souvenirs des produits estampillés One Direction – le boys band au succès planétaire, ayant déjà côtoyé le Premier ministre David Cameron et la Reine elle-même, se muant peu à peu en icône british auprès des plus jeunes touristes.

Les One Direction rencontrent the Queen.

Les One Direction rencontrent the Queen.

Les Beckham, les Cambridge et One Direction : le triptyque mainstream gagnant outre-manche.

e7bbb28cd5c211e2a89422000aa802aa_7

Les One Direction omniprésents dans les boutiques de souvenirs au Royaume-Uni.

Un Royaume réuni ?

Au-delà du boom économique et du capital sympathie engrangé par les Windsor depuis l’arrivée de Kate dans le giron royal, l’impact du « royal baby » est également d’ordre géopolitique.

Le Royaume-Uni, repose comme son nom l’indique sur l’union de la Grande-Bretagne (l’Angleterre, de l’Écosse et du pays de Galles) et de l’Irlande du Nord. Une union encore récemment mise à mal par les velléités indépendantistes de plusieurs de ses entités territoriales. Les tractations autour du prénom du futur héritier ne paraissent donc pas anodines.

Alexandra ou Alexander sont ainsi particulièrement bien cotés chez les bookmakers, en raison des trois rois Alexander de l’Ecosse médiévale – un choix qui permettrait de raffermir les liens entre les Windsor et l’histoire écossaise, au moment où l’Écosse doit se prononcer sur son indépendance en 2014. En d’autres mots : God save the royal baby !

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s