Donald Trump a compris ce que son public avait envie d’entendre

Interview pour Le Soir, publiée le 17 février 2017.

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«  Avec Trump on est dans 1984  » : c’est en tout cas ce que Nicolas Baygert, expert en communication politique retient de la conférence de presse du nouveau président. Entre attaques virulentes envers la presse et discours décousu, Donald Trump continue de briser les codes du discours politique et révolutionne l’exercice de la conférence de presse.

Pour Nicolas Baygert, expert en communication politique et professeur à l’ULB et à l’Institut des Hautes Etudes de Communications Sociales : «  le ton virulent employé par Donald Trump rompt avec tous les autres discours politiques. On est désormais dans un rapport de forces entre le président et les médias.  » Pour le linguiste, Julien Longhi qui enseigne à Cergy Pontoise, «  l’analyse de cette conférence est difficile car le ton est très transgressif et va à l’encontre de tous les codes que l’on rencontre habituellement. Les commentateurs ont utilisé le terme de « chaos », et c’est un peu l’impression qui en ressort. Comme si cette conférence de presse était un match de boxe duquel les médias ressortiraient tous un peu sonnés.  »

Attaque des médias

Donald Trump a annoncé le nom du nouveau secrétaire d’état nominé au travail, Alexander Acosta et en a profité pour déverser son fiel sur certains médias, notamment la BBC, CNN ou le New York Times, porteurs selon lui de « fausses informations » concernant les relations de l’administration Trump avec la Russie. Un terme qu’il a répété à plusieurs reprises. Pour Julien Longhi, «  Donald Trump utilise un processus classique de la linguistique, à force de répéter, marteler, asséner aux gens ce terme de « fake news », il construit à travers son discours un statut d’existence à ce qu’il dit, constituant ainsi sa propre réalité auquel son électorat adhère.  » Il a aussi répété le mot « mess » (désordre) pour qualifier la situation dans laquelle il a trouvé les affaires à son arrivée, là aussi pour tenter d’imposer sa forme au réel.

Selon Nicolas Baygert, contrairement aux apparences, la rhétorique de Donald Trump est pensée et réfléchie «  c’est un rhétoricien hors pair pour l’Amérique du XXIème siècle, celle de la téléréalité. Il réinvente complètement le langage politique, sans langue de bois, à l’opposé du discours policé des politiciens habituels qui ont asphyxié et stérilisé la parole politique  ». Celui qui étudie l’usage de l’émotion dans le discours politique avec ses élèves, affirme que Donald Trump est un maitre en la matière : «  il a compris ce que son public avait envie d’entendre. Il n’a aucun socle idéologique ; son langage est fondé sur l’émotion, il joue avec une rhétorique simple et une bonne répartie. »

Une bonne chose pour les médias américains ?

Toutefois, cet excès de violence affichée pourrait être une bonne chose pour les médias américains : «  ils savent désormais à qui ils ont affaire. Il n’y a plus de langue de bois possible et la presse se muscle, ce qui n’est pas plus mal.  » Pour ceux qui disent que Donald Trump divise les Américains, «  c’est en partie faux, car les Américains étaient déjà divisés avant Trump ; il a servi à mettre ces divisions en lumière en s’adressant d’abord à ceux qui se sentent largués. » Ce n’est donc pas anodin s’il utilise des phrases courtes, un vocabulaire basique et une syntaxe hachée : «  comme il l’a dit lors de la conférence, il veut s’adresser directement au peuple de manière simple sans filtre  » explique Julien Longhi. Pour Nicolas Baygert, «  la fonction du langage est réduite à son strict minimum, on est dans 1984 de George Orwell.  »

«  Il devient son propre média et entre en concurrence avec les médias traditionnels qui essaient eux aussi d’imposer un filtre de la réalité  » précise Nicolas Baygert «  depuis le départ la communication politique était une co-construction, ce n’est désormais plus le cas, il est en confrontation.  » Ce qui donne un spectacle décapant.

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