Ce « système » tant décrié par le monde politique

Entretien paru dans le Vif/L’Express. Propos recueillis par Grégory Sacré.

Constamment pratiqué par Donald Trump et Bernie Sanders durant la campagne américaine, le discours  » anti-système  » a traversé l’Atlantique pour devenir un standard de communication politique. Plus qu’une simple rhétorique, cette façon de se positionner dans la sphère politique reflète un profond rejet des élites et des institutions au sein de la société.

Le mot est pervers. Il veut à la fois tout, et ne rien dire. Tous le fustigent sans être capables de lui donner une définition claire et précise. Le « système » c’est cet ennemi invisible que le monde politique a pris en grippe et ne cesse d’égratigner à chaque meeting ou passage télévisé. Yann Barthès, le présentateur de Quotidien, ironisait ce mardi sur le sujet, « le système c’est une sorte de nuage, un cloud, dans lequel vous (NDLR les politiques) mettez tout ce que le peuple ne veut plus ». Avant d’ajouter « vous y mettez les médias, les banques. Si vous êtes de gauche, vous y mettez la droite et si vous êtes de droite, vous y mettez la gauche. Et vous, vous restez hors du cloud ».

Pour Nicolas Baygert, enseignant-chercheur en communication politique à l’IHECS, cette nouvelle habitude qu’ont pris les acteurs politiques à se positionner hors du système reflète un « rejet des élites », qui seraient, pour de plus en plus de citoyens, « déconnectés de la réalité ». En effet, selon lui, « ce discours dénonce un système qui détiendrait le pouvoir, que ce soit par les leviers politiques ou économiques, qui façonnent notre vie en communauté, ou encore via ceux qui la commentent, comme les médias traditionnels ».

Un argumentaire qui a fait ses preuves aux Etats-Unis

Dans une Amérique en profond mal-être, Bernie Sanders et Donald Trump ont parfaitement réussi à se positionner comme des figures capables de renverser l’ « establishment », incarné par Hillary Clinton. L’un, en surfant sur la vague de repli identitaire qui éclabousse les démocraties occidentales, l’autre en faisant des luttes économiques et sociales son cheval de bataille. « Les provocations et les dérapages de Donald Trump sont apparus comme quelque chose de rafraîchissant. Elles alimentent les conversations et sont une forme de pied de nez généralisé au politiquement correct dénoncé par une partie de la société », explique Nicolas Baygert.

Pour lui, le message anti-système « fait écho à l’idée que le milieu politique traditionnel n’aurait plus la capacité de nommer les choses telles qu’elles sont ». Et ce franc parlé, nombre d’Américains l’ont retrouvé en écoutant les discours du candidat républicain. Déjà en 2015, Anne Deysine, professeure à l’université Paris Ouest-Nanterre estimait que le magnat de l’immobilier dominait les sondages parce qu’ « il dit de manière frontale des choses que les autres candidats républicains n’osent pas dire ». Par ailleurs, ses nombreux dérapages sur les réseaux sociaux ne l’ont pas déforcé. Au contraire, elles lui ont permis d’occuper le terrain médiatique plus que n’importe quel autre candidat.

Et son accession à la Maison Blanche n’a pas calmé ses ardeurs. En démontrent ses récents tacles à l’encontre de grands médias tels que CNN et le New York Times.

Ce "système" tant décrié par le monde politique

© Capture d’écran

Allemagne, France, Italie : le « système » remis en cause partout en Europe

Vu son succès outre-Atlantique, il n’est pas étonnant de voir le discours « anti-système » se démultiplier en Europe. D’autant plus que de nombreuses échéances électorales arrivent en 2017. Certains voient, avec la victoire de Trump, une chance inespérée de gagner en crédibilité. À commencer par les groupes politiques qui se reconnaissent dans la politique de Donald Trump, à l’image du FN en France, de l’AfD en Allemagne, ou encore du Mouvement 5 étoiles en Italie.

Mais ces partis radicaux ne sont pas les seuls à tenter de s’approprier cette posture. Aujourd’hui, le rejet du « système » s’est universalisé et se retrouve jusque dans les bouches d’hommes ou femmes politiques issus de partis traditionnels. Il suffit de regarder en France, où les élections se tiendront en avril 2017. Il y a peu, Benoît Hamon affirmait ne pas vouloir « perpétuer le système ». Emmanuel Macron martelait qu’il ne « tolérerait aucune des contraintes de ce système qui veut tout étouffer ». Quant à François Fillon, acculé par des affaires d’emploi fictif refusait de se soumettre au « tribunal médiatique » avant d’accuser le « système » d’essayer de « décider du résultat à la place des électeurs ».

Mettre fin aux « Particraties »

Si les candidats ont des programmes différents sur de nombreux points, tous ont pris conscience de cette volonté citoyenne de reprendre le pouvoir à ceux qui se le sont approprié. « Du côté de Marine Le Pen, il y a une véritable volonté de faire s’écrouler le monopole qu’ont le Parti socialiste et le parti Les Républicains sur le paysage politique français » estime Nicolas Baygert. Et lorsque l’on regarde du côté de M. Macron, « on est dans la même dynamique. Il n’est pas anti-système dans le sens anti-capitaliste, anti-libéral ou anti-média. Il vient du système plus que quiconque. Mais ce qu’il dénonce, c’est ce monopole du pouvoir que tiennent depuis des décennies les partis politiques ».

En Belgique, le constat est similaire. L’ascension continue du PTB dans les sondages incarne bien ce ras-le-bol grandissant envers les partis traditionnels. Le parti de Raoul Hedebouw, porte-parole en chef de ce courant « anti-système » est devenu maître dans l’art de se faufiler dans cette brèche laissée par nos actuels dirigeants. Et ce n’est pas l’affaire Publifin qui va changer la situation…

G.S

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