Que révèlent les affiches des candidats ?

Ci-dessous une version légèrement retravaillée / augmentée de mon interview pour Ouest France (propos recueillis par Baptiste Denis). Les affiches demeurent des dispositifs clé en période électorale ; une cristallisation stratégique permettant de fixer l’Ethos du candidat, d’officialiser une posture censée donner le ton de la campagne.

On listera trois principaux types d’affiches :

  • L’affiche projet de société ;
  • L’affiche attestant de la présidentiabilité du candidat, censée prouver à l’électeur : « il fait président » ;
  • L’affiche illustrant une candidature témoignage (e.g. l’ouvrier Poutou) ou ne s’adressant qu’à un seul segment du marché électoral (lutte des classes oblige).

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Jean-Luc Mélenchon

À travers cette affiche, Jean-Luc Mélenchon s’affirme comme un « candidat apaisé », témoignant à son tour d’une « force tranquille » – objectif : asseoir sa stature d’homme d’état. On notera également la dimension métonymique du message [i.e. on remplace un concept (la personne du candidat) par un autre (le peuple) avec lequel il est en rapport]. Grâce à Jean-Luc Mélenchon, le peuple retrouve sa force.

Dans le traitement chromatique, le ciel marin contraste avec la « colère rouge » de l’affiche de 2012, en 2017. À noter que l’univers marin se trouve régulièrement mobilisé, à l’instar du clip officiel de campagne de Marine Le Pen. Pour rappel, slogan doit insister sur la « différence motrice » de la campagne. « La force du peuple » érige Mélenchon en guide, en porte-parole des insoumis – il fait en même temps écho au slogan frontiste : « au nom du peuple », s’inscrivant dans un registre symbolique similaire.

Dernier élément : son look vestimentaire caractéristique. Une synthèse entre Staline et l’instituteur de province bienveillant, fidèle à l’imaginaire de Marcel Pagnol.

Marine Le Pen

L’affiche s’inscrit dans la continuité du processus de dédiabolisation du Front National entrepris depuis une quinzaine d’années : effacement du lepénisme par la mise en exergue de la marque « Marine ». Le slogan, « Remettre la France en ordre », rappelle le projet politique fondamental. Dans ce moment clé de la campagne, après la séquence rassurante de « La France apaisée », il s’agit de revenir aux fondamentaux et parler à son électorat.

Emmanuel Macron

Une affiche résolument minimaliste. On songe ici aux banques d’images contenant des photos de protagonistes anonymes et interchangeables utilisées par les entreprises et les publicitaires. La dominante bleu clair rompt avec les marqueurs chromatiques de gauche, la composition [un Emmanuel Macron, en marche, sur fond urbain flouté] venant parfaire les codes business-friendly.

Le slogan, « La France doit être une chance pour tous » constitue en réalité une incantation morale qui n’engage à rien. Le « doit » n’implique pas d’action directe du candidat. Le slogan rappelle par ailleurs celui de Jacques Chirac lors de la campagne présidentielle de 1995 : « La France pour tous ».

François Fillon

Affiche ultra-classique optant pour une posture gaullienne traditionnelle. Objectif : faire président. Le message paraît clair : force de caractère et volonté de garder le cap, contre vents et marées. François Fillon, capitaine face à la tempête des affaires. Son rictus de satisfaction nous remémore sa capacité à résister, voire à gagner contre son propre camp s’il le faut. On soulignera pour finir l’important contraste avec son affiche du temps de la primaire des Républicains et son slogan, le « Courage de la vérité ».

Benoît Hamon

On ne constate pas de réelle innovation depuis son affiche utilisée lors de la primaire. Le sourire affiché traduit de la sincérité et de l’empathie, constituant probablement la seule valeur ajoutée de cette affiche.

Le slogan allégorique « faire battre le cœur de la France » est de prime abord vaporeux, littéraire, voire décalé. Celui-ci suggérerait un encéphalogramme plat dans une France « en panne ». À moins qu’il s’agisse d’une métonymie inconsciente ; l’espoir d’un massage cardiaque pour un PS en crise – Hamon, candidat-défibrilateur pour une gauche de gouvernement (une « belle alliance ») moribonde. On notera d’ailleurs l’absence symptomatique de tout logo organisationnel prouvant, là encore, que les candidats de partis, détenteurs d’une appellation contrôlée, n’ont plus réellement la cote, voire démarrent avec un handicap supplémentaire. Plus que jamais, la définition gaullienne du scrutin présidentiel se traduit également dans l’exercice iconographique, un scrutin étant avant tout « la rencontre entre un homme et un peuple, pas entre un parti et un peuple ». 

 

 

Nathalie Arthaud

Un rendu iconographique typique du mouvement Lutte ouvrière (LO) depuis 1974. Il y a d’une part la supposition naïve qu’en saturant à l’excès une pancarte d’arguments attendus, de sommations rituelles, on parviendra à convaincre les indécis. Toutefois, il s’agit également de respecter un univers ; à travers la reproduction symbolique de marqueurs traditionnels chargés en sens. La composition de l’affiche rappelle ainsi les tracts électoraux, distribués en rue.

Gestalt caractéristique du mouvement LO, Nathalie Arthaud, souriante et déterminée, va jusqu’à se réapproprier le look capillaire d’Arlette Laguiller, dont elle campe en quelque sorte une version rajeunie.

Philippe Poutou

À l’instar de l’affiche LO, on retrouve les marqueurs traditionnels de l’extrême gauche. Le message « Nos vies, pas leurs profits » est socialement clivant. Il insiste sur un rapport de classe, martelé tout au long de sa campagne. Le but n’est pas de vouloir rassembler mais de s’adresser à un seul segment du marché électoral en incarnant le camp des travailleurs. Le candidat anticapitaliste et ouvrier Philippe Poutou incarne cette candidature témoignage.

Jean Lassalle

L’affiche évoque un candidat charismatique et atypique désireux de marquer sa différence. Un candidat décalé d’ores et déjà connu pour sa dimension empathique.

Seul candidat se présentant de profil, son regard porté vers l’avant souligne sa posture d’homme providentiel et son rapport messianique à l’élection.

 

Jacques Cheminade

Le slogan « Se libérer de l’occupation financière » manque de clarté et de pédagogie. S’agit-il d’un projet ou d’une révolte ? On note aussi un décalage entre ce message de rupture et les choix vestimentaires d’un candidat en costume-cravate.

Nicolas Dupont-Aignan

Fonctionnant ici comme slogan, le nom de la formation politique du candidat, « Debout la France », n’innove guère ou agit comme adjuration stérile puisqu’il n’implique pas directement le candidat. Une affiche « top of mind » dont l’unique avantage est de faire connaître et d’imprimer son visage dans l’espace public. Photogénique et souriant, il cherche à faire président.

François Asselineau

Pas d’affiche unique chez ce candidat. On rappellera son slogan emblématique « Le candidat du Frexit » – fort, puisque le Brexit est resté dans l’esprit des gens. Concernant l’affiche officielle au slogan grandiloquent « Un choix historique », l’objectif semble toujours le même : se prouver et prouver aux Français qu’il n’est pas un « petit candidat ». Autre slogan de campagne utilisé : « + 368 % d’adhérents en un an » : l’attestation par le chiffre, par la connaissance des traités, d’un candidat « Fact-Checker » qui vous dit la vérité.

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