Le roi Philippe à Tomorrowland, un coup pour draguer la jeunesse

Interview croisée parue le 21 juillet 2017. Finalement, quelques infimes propos recueillis par téléphone (et restitués fort aléatoirement) par Lorraine Kihl.

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© Le Soir

À Tomorrowland, on croise de tout. C’est l’avantage du féerique (option art plastique sous LSD) : des déguisements improbables, des clowns et des danseurs… Et même un Roi et une Reine. En vrai.

Surprise de ce 21 juillet, Philippe et Mathilde ont accepté l’invitation de Tomorrowland, une visite improbable entre le traditionnel défilé et le feu d’artifice, sous les « poum poum chak » assourdissants du plus gros festival de techno au monde. La Belgitude dans toute sa splendeur.

Un joli coup pour draguer la jeunesse ? La famille royale semble en tout cas se donner du mal pour « parler » à cette génération qui n’est plus sur les bancs de l’école et ne se reconnaît pas forcément dans une famille qui ne compte guère de membres de son âge.

Visite d’une radio « spéciale blocus » pendant les examens, vidéo du Roi en pleine séance de surf et maintenant la techno. Au Palais, on refuse de parler de « coups de com’ ». Officiellement, le Roi est heureux de pouvoir soutenir « une initiative qui permet à la Belgique de rayonner dans le monde entier ». Comme il l’avait fait à Pairi Daiza et ailleurs. « Bien sûr, il y a aussi la volonté de s’adresser à la jeunesse, concède le porte-parole du Palais, Pierre-Emmanuel De Bauw. C’est important que la monarchie puisse s’adresser à eux. Qu’elle montre qu’elle est attentive aux attentes et aux espoirs des jeunes. »

Le Roi, pas un « people » comme les autres

La communication est devenue un exercice obligé pour tout souverain. « Le pouvoir d’autorité du roi des Belges s’est mué en pouvoir d’influence qui tire désormais sa légitimité de la sympathie populaire », observe l’historien Vincent Dujardin (UCL). Or le Roi n’est pas un « people » comme les autres, il s’agit de trouver l’équilibre entre transparence et pudeur. « Pour bénéficier d’une assise populaire, la famille royale doit s’exposer aux médias, mais la magistrature d’influence exercée par les souverains ne peut exister que dans la mesure où elle s’opère dans la discrétion. D’autant que le rôle du Roi doit rester avant tout celui de jeteur de ponts. »

Et le défi n’est pas mince. Selon une étude publiée par la KUL fin 2016, si les Wallons sont très largement favorables à la famille royale, 38 % des Flamands estiment que le pays n’a pas besoin d’un roi et 35 % souhaiteraient restreindre la fonction à un rôle strictement représentatif. Les chercheurs n’ont pas affiné les résultats selon les classes d’âges mais les jeunes générations sont souvent les moins réceptives au sujet royal.

« C’est sûr que mes amis sont plus intéressés par la dernière robe de Kim Kardashian que part le voyage du Roi et de la Reine dans tel ou tel pays », reconnaît Henri Peiffer – aka Henri PFR –, un des trois DJ belges sélectionnés pour rencontrer le couple royal. « Les voir ici, c’est bizarre. Mais ça montre une certaine ouverture d’esprit, c’est important qu’ils viennent montrer aux jeunes qu’ils s’intéressent à eux. » Pour le garçon de 22 ans, cette rencontre, c’est un honneur ; la Belgique, une source d’identité forte. « Je vis dans une bulle, je m’intéresse peu à l’actualité ou à la monarchie. Mais je crois qu’il est important qu’ils soient là. C’est grâce à eux que la Belgique reste unie. »

Le risque des réseaux sociaux

Depuis l’accession de Philippe, et sous l’impulsion de son porte-parole, Pierre-Emmanuel De Bauw, le Palais a découvert Twitter, qu’il utilise beaucoup, mais de manière très institutionnelle (les photos de visites et inaugurations). Tout comme Facebook. Mais aux habituelles photos de visites d’hôpitaux, écoles, musées, associations, se sont progressivement greffées des moments de vie, plus ou moins spontanés. De la «tendre» vidéo de Philippe et sa fille Eleonore – pas complètement à leur aise – souhaitant un joyeux anniversaire aux autres heureux nés du mois d’avril, au coup de maître de la rupture du jeûne à la table d’une famille musulmane. Dernièrement, c’est une vidéo du Roi en train de faire du kitesurf qui a fait le buzz.

« Le danger avec ces sorties de pistes, c’est le ridicule, paraître trop décalé, analyse Antoine Michelland, journaliste pour le magazine français Point de VueCe n’est pas parce qu’on s’adresse aux jeunes qu’on est jeune. Mais le kitesurf, c’était bien calibré, parce que c’est authentique : le Roi est réellement sportif. Et ça montre qu’il est bien dans sa vie, bien dans son siècle. » Avec Tomorrowland, en revanche, le pari était plus risqué. « Personne ne croira que la famille royale écoute de la techno. »

Et de fait, la visite n’a pas manqué de surréalisme. Comme cette image de Philippe et Mathilde, concentrés comme au centre de crise devant des écrans où se trémoussent en direct des festivalières en microbrassières. C’est qu’il s’agit d’être attentif aux explications de l’organisateur. Mais en jouant la carte de l’ultra discrétion, le Palais a habilement évité le choc des cultures. Aucune publicité n’a été faite autour de la venue du Roi et de la Reine. Pas de bain de foule, des entretiens se sont déroulés dans le carré VIP prêté par Brussels Airlines. Seule une poignée de festivaliers étonnés ont eu le temps de dégainer leur smartphone au passage rapide du cortège.

L’événement valait surtout pour les photographes et les caméras. Et pour le symbole.

« Quand Elisabeth sera plus grande… »

« La difficulté pour Philippe, c’est qu’il est seul, remarque Antoine Michelland. Albert en abdiquant s’est complètement retiré de la vie publique et ses enfants sont encore trop jeunes pour contribuer activement à l’image de la famille. En comparaison, la famille royale britannique joue sur du velours avec trois générations qui travaillent en même temps. » Parler à tout le monde, tout en imprimant sa marque : chez Philippe, une communication fondée davantage sur l’empathie, que le discours. « Ce sera intéressant quand Elisabeth sera un peu plus grande, que les enfants commenceront à peut-être faire des bêtises pour casser l’image très policée et laisser des jeunes s’identifier à eux », abonde Nicolas Baygert, docteur en information et communication à l’UCL et Paris IV-Sorbonne.

Mais pas question pour l’heure d’en faire trop sur la com’, insiste le Palais. Là où d’autres monarchies ont totalement professionnalisé la gestion de leur image, les Saxe-Cobourg restent loyaux aux traditions. Depuis sa création en 1953, c’est un diplomate qui est à la tête du service de communication du Palais et cela va continuer. Pierre-Emmanuel De Bauw quittera ainsi ses fonctions à la fin de l’été pour devenir ambassadeur à Dublin. C’est Patrick Renault, actuel ambassadeur en Argentine, qui le remplacera.

« Il y a une différence entre avoir été porte-parole des Affaires étrangères et être spécialiste du marketing promotionnel, relève Nicolas Baygert. Même si Tomorrowland était une réelle prise de risque, la Belgique reste timide en matière de communication. Les Windsor, par exemple, sont allés chercher le chargé de communication du club de foot Manchester United pour assurer l’image du Prince Charles [Je n’ai jamais précisé cela, mais soit]. »

Les tops et les flops de la famille royale

Les tops

Kitesurf

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C’est la carte postale qui a fait le buzz. A l’occasion des départs en vacances, Philippe publie début juillet une vidéo de lui faisant du kitesurf. Des images peu banales, sans compter que le Roi se filme lui-même avec trois caméras de type GoPro, dont une est… dans sa bouche, l’appareil s’actionnant quand on la mord.

Les selfies

Si les clichés semblent presque banals aujourd’hui, les premiers selfies du roi Philippe ont été de formidables coups médiatiques. Le plus célèbre est sans doute celui réalisé en 2014 en compagnie des Diables rouges, lors de la Coupe du monde de football au Brésil. Avec ce cliché décalé, le Roi casse la froideur protocolaire, donne une touche de « belgitude » à son image et profite de l’exceptionnelle popularité des joueurs à l’époque.

Les 20 km de Bruxelles

Philippe est sportif. Il est connu qu’il court régulièrement dans le parc de Laeken et lorsque c’est possible lors de ses déplacements. En 2013 et 2014, il participe aux 20 km de Bruxelles, pliant l’épreuve les deux fois en moins de deux heures. L’événement risque d’être difficile à renouveler étant donné les nouveaux impératifs sécuritaires post-attentats.

Rupture du jeûne

Le 12 juin, en plein ramadan, le Roi rompt le jeûne à la table d’une famille musulmane. « Un coup superbe en termes de communication, admire Nicolas Baygert, docteur en information et communication à l’UCL et Paris IV-Sorbonne. Le message est très fort en termes de vivre-ensemble. Et il est bon dans le registre de l’empathie. Cela fonctionne très bien. C’est typiquement du Trudeau ! » Le Premier ministre canadien, connu pour sa maîtrise de sa communication, avait inauguré l’exercice un an plus tôt avec des musulmans, mais dans les locaux de son bureau.

Les flops

La thalassogate ou peignoirgate

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Bruxelles, niveau 4. La ville connaît le lockdown et l’angoisse aux lendemains des attentats de Paris alors que des terroristes pourraient être rentrés dans la capitale. Ce qui fera mal, surtout, ce n’est pas tant le fait que Philippe et Mathilde ne soient pas rentrés à Bruxelles – leur sécurisation aurait détourné des moyens policiers – que les clichés volés du couple royal en peignoir continuant à profiter des joies de la thalasso…

Mathilde se trompe

C’était presque un sans-faute. Alors que les photos de Mathilde exultant de joie lors des goals marqués par les Diables rouges font le tour du web, la Reine commet un couac très gênant lorsqu’avec Philippe, elle va rencontrer les joueurs et félicite… le mauvais buteur, confondant Divock Origi et Romelu Lukaku. Elle expliquera dans l’avion du retour avoir été perturbée par le changement de coupe de cheveux de Lukaku, et de reconnaître : « Je n’ai pas assez étudié les albums Panini de mes enfants… »

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