«Pays de merde»: comment Trump aggrave le clivage entre les Américains

Article paru dans Le Soir, le 12 janvier 2018. Propos recueillis par Marine Buisson.

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En multipliant les sorties polémiques et racistes, le président américain contribue à « détricoter le tissu social américain », estime le professeur en communication politique Nicolas Baygert.

Pourquoi toutes ces personnes originaires de pays de merde viennent ici ?  La sortie, inqualifiable, émanerait du président des Etats-Unis en personne. Selon le Washington Post, Donald Trump s’est emporté ce jeudi, lors d’une réunion avec des parlementaires à la Maison Blanche. Les discussions portaient sur l’immigration, marotte du milliardaire. Autour de la table, plusieurs sénateurs, dont le républicain Lindsey Graham et le démocrate Richard Durbin, pour évoquer un projet bipartisan proposant de limiter le regroupement familial et de restreindre l’accès à la loterie pour la carte verte. En échange, l’accord permettrait d’éviter l’expulsion de milliers de jeunes, souvent arrivés enfants aux Etats-Unis. C’est dans ce contexte que le président aurait alors lâché sa diatribe raciste en direction de plusieurs nations africaines, ainsi qu’Haïti.

Des «  pays de merde  », selon le président, dont les propos ont été rapportés par plusieurs sources anonymes, et qui n’ont pas été démentis par la Maison Blanche. Pour Nicolas Baygert, professeur de communication politique à l’ULB et à l’Ihecs, les propos de Donald Trump illustrent «  une volonté de déplacer le curseur de ce que l’on considère, dans le discours public, comme “tolérable”  »

Quelles conséquences ont les propos outranciers de Trump sur le débat public ?

« Derrière l’excès et la levée de boucliers habituelle devant chaque nouvelle sortie, on commence à avoir une vision plus systématique de ce que Trump essaie de faire. Chaque déclaration polémique ou raciste est comme une bombe qu’il lance pour tester l’opinion, pour voir jusqu’où il peut aller. Il lâche systématiquement des bombes sémantiques pour ensuite revenir en arrière comme s’il testait le terrain. C’est intéressant dans un contexte américain où l’on fait très attention à son langage : il va à l’encontre de tout cela, il impose un nouveau type de discours. Il y a une volonté de dicter le tempo du débat public, voire de le contrôler, à travers l’indignation que suscitent ses propos. »

Dans quelle mesure cette libération de la parole raciste, émanant de l’homme considéré comme étant le plus puissant du monde, façonne la société ?

« Son propos ne va certainement pas mener à une pacification entre les communautés, au contraire. Il aggrave le clivage, d’une part, entre les pro et anti-Trump mais, surtout, entre les Américains. D’une certaine manière, il détricote le tissu social américain qui avait été au cœur de la présidence Obama. Et il contribue à transformer la vision du monde des citoyens »

Ces propos ont pourtant un effet positif sur sa base électorale.

« C’est sa stratégie. Trump a toujours eu la volonté de s’adresser à son électorat, sa base, qu’il estime être son premier soutien. Je ne pense pas que sa volonté soit de libérer la parole raciste ou de faire du prosélytisme racialiste, je pense qu’il a une volonté d’entretenir une sorte de dialogue fermé avec son public. Il expose sa vision d’une manière volontairement simpliste pour caresser son électorat dans le sens du poil. Cette posture électorale, il ne la quittera pas. Quitte à se mettre en grande difficulté en termes de diplomatie internationale. »

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