Wauquiez vs Quotidien: piège ou dérapage contrôlé ?

Entretien pour 7 sur 7 publié le 21 février 2018. Propos recueillis par Anthony Marcou.

Laurent WAUQUIEZ  inaugure le Campus Région, Lyon 13 novembre 2017

Laurent Wauquiez, ici à l’inauguration du Campus région en novembre 2017, donne des cours à l’EM Lyon. Photo : A.Campi/We Report.

Laurent Wauquiez a-t-il été piégé par un journaliste usant de « méthodes de voyou » ou est-ce que ses attaques parfaitement ciselées  à l’encontre de personnalités politiques de premier plan étaient-elles destinées à fuiter? Victime ou fin stratège, le président des Républicains? Chaque hypothèse a ses partisans. Et si tout le monde avait (un peu) raison?

Qui est Laurent Wauquiez? Si vous étiez incapable de répondre à cette question vendredi dernier, ce n’est (probablement) plus le cas aujourd’hui. Ses propos tenus devant des étudiants de l’EM Lyon Business School et relayés par l’émission Quotidien de la chaîne TMC ne cessent d’alimenter les débats. Logique dans la mesure où tous les ingrédients d’un bon (ou bad) buzz sont réunies. Des attaques visant des personnalités de premier rang, appuyées par un sens de la formule aiguisé et tenues en « off », en plus.

Sarkozy, Macron, Juppé… Laurent Wauquiez n’a oublié personne. Il n’avait pas non plus omis de prévenir les étudiants que l’échange devait rester privé. Un appel pas entendu (ou au contraire parfaitement reçu?) par un étudiant qui a transmis un enregistrement de la conférence à un journaliste de Quotidien.

Naïveté ou coup de comm’ préparé?

Le président du parti Les Républicains a-t-il vraiment été piégé ou a-t-il obtenu l’exposition médiatique qu’il recherchait? « Il y a évidemment deux hypothèses dans cette affaire », entame Nicolas Baygert, professeur de communication politique à Sciences Po, à Paris.

« La première fait état d’un piège, d’un contrat de confiance rompu. Mais son appel lancé à l’assistance afin ne pas enregistrer l’échange prouve qu’il est conscient d’une possible fuite. Un risque accentué par le fait qu’il se présente face à des étudiants d’une business school, qui même à leur âge, sont déjà souvent politisés. »

Une manœuvre aussi potentiellement destinée à l’adoption d’une nouvelle posture. « Casser son image et lui attribuer une notion d’authenticité est une entreprise menée par plusieurs politiques depuis notamment le succès rencontré par Trump et son discours cash. Il existe une volonté de lutter contre le déficit de sincérité. Les mots choisis par Laurent Wauquiez ne sont pas le fruit du hasard. L’utilisation du terme ‘bullshit’, par exemple,  démontre qu’il a délibérément opté pour une posture provocante, une forme de brutalité. »

Suffisant pour écarter le « scénario naïveté » et privilégier le plan de communication minutieusement préparé? Pas vraiment, selon l’enseignant qui officie aussi à l’ULB et à l’IHECS, à Bruxelles. « Face à des étudiants, on peut être mis en confiance et se dire que l’on ne risque pas grand-chose si on se lâche. Il n’avait sans doute pas prévu les conséquences et l’important retentissement de ce buzz. »

« Quotidien agit comme un idiot utile »

Plus que la teneur du discours de Laurent Wauquiez, c’est le traitement médiatique de ce feuilleton qui surprend Nicolas Baygert. « Le travail d’après-vente des médias  m’étonne. Quotidien agit comme un idiot utile. Les capsules brutes et diffusées par épisodes garantissent  une reprise médiatique et une dimension virale. Il règne une certaine forme d’hypocrisie. On condamne Wauquiez, mais on fictionnalise et sensationnalise ses propos. Depuis près d’une semaine, les médias ne cessent de lui servir la soupe. Le premier jour, l’affaire a généré plus de 14.000 tweets. Pour Quotidien, c’est génial. Ils vont exploiter le filon jusqu’au temps qu’une lassitude s’installe. »

Un buzz favorable à Laurent Wauquiez ?

Depuis l’emballement médiatique, Laurent Wauquiez se plaint du piège qui lui a été tendu et a annoncé son intention de porter plainte. Un statut de « victime » adéquat à endosser? « A mon sens, ce n’est pas la victimisation qu’il recherche, mais davantage l’opposition aux médias pour se positionner comme une véritable alternative au système. Le message à faire passer, c’est: ‘On ne plus plus faire confiance à la classe médiatique pour rendre un compte rendu objectif de la vie politique' ».

Prévu ou non, ce buzz pourrait servir les intérêts politiques de l’ancien ministre, malgré les inimitiés créées ou renforcées. « Paraitre pour un adepte du parler vrai, anti-langue de bois, cela peut plaire à un certain électorat. On se souvient du ‘Casse-toi pauvre con!’ de Sarkozy. Cela peut paraitre divertissant d’être confronté à un personnage anti-système. En revanche, il risque de ne pas recevoir des appuis positifs au sein de son parti. Notamment en raison des attaques proférées à l’encontre de Nicolas Sarkozy. »

 

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