Le tract électoral reste une arme de séduction massive : «Il faut voir ça comme une stratégie de marque»

Entretien (téléphonique) pour Le Soir – publié le 11 mai 2018. Propos recueillis par Maxime Biermé. Corrections en vert.

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Nicolas Baygert enseigne la communication politique à l’Ihecs, ULB et Sciences Po Paris.

Était-ce judicieux de la part de la N-VA d’envoyer un tract à chaque ménage bruxellois ?

L’enjeu du « marquage territorial » est important pour toute une série de formations politiques. C’est une pratique relativement ancestrale [ancienne] pour [permettant] instaurer [d’officialiser] une offre [politique] dans une commune. Avec ses [A travers la distribution de] tracts à Bruxelles, la N-VA travaille son « capital notoriété ». Ils [Ses candidats] annoncent que leur [l’] offre [N-VA] est [dorénavant] disponible dans leur commune. L’idée [L’objectif du tract] est de traduire [d’adapter] les messages du parti à travers des [aux] enjeux locaux. Ils disent [On peut y lire entre les lignes] : « Vous connaissez l’action de Theo Francken au fédéral sur l’immigration ? Voici ce que nous proposons dans votre commune avec [en vous présentant] un visage pas encore très [peu] connu. » Il faut voir ça [cela] comme une stratégie de marque. [ndlr : c.-à-d. décliner une marque politique (et son univers) d’ores et déjà bien implantée médiatiquement – mais jusqu’ici associée à la Flandre et au gouvernement fédéral – à l’échelon communal bruxellois]

À quoi servent encore les tracts à l’heure de Facebook et Twitter ?

Dans la culture politique occidentale, il y a ce besoin de convaincre par l’écrit, avec des arguments [ndlr : on parlera ici de démocratisation de la parole conflictuelle]. Déjà, lors [Dans le contexte] de la révolution française, il y avait des affiches [interpellaient directement les individus afin de les conscientiser politiquement, à travers un argumentaire militant], qui disaient « passant, arrête-toi et lit » [pouvait-on lire]. Les tracts électoraux [poursuivent toujours cette même finalité de mobilisation et d’interpellation citoyenne]sont toujours utilisés même s’ils ont de nouveaux usages. L’objectif de base reste d’adresser [consiste à transmettre] l’information politique vers le [au] citoyen [en privilégiant le registre interpersonnel]. C’est aussi une manière [Un autre but est] d’« occuper » les militants avec [à travers] une activité à faible rendement. Coller des affiches ou distribuer des tracts crée une [pour maintenir la] motivation [des troupes].

C’est aussi une manière pour les partis [pourront également] de tester l’accueil d’une message ou d’une cause [revendication auprès d’une] dans la population [locale]afin de voir si cela [celle-ci est en mesure de] peut mobiliser les citoyens. [ndlr: Cf. le concept de « Launching balloons »] Cela [Le tractage] permet aussi d’exister à des [formations politiques alternatives] partis moins traditionnels comme le [à l’instar du] PTB ou [du] le Parti populaire, qui ont un [qui ne bénéficient pas toujours du même accèsparfois moins facile aux grands médias, [de se faire connaitre][ndlr: usage expressif du tract : faire exister une organisation, lui donner une image, par ex. en verbalisant et en construisant un « nous » et un « eux ».]

Les tracts ont-ils encore un impact ?

Au niveau communal, certains candidats les utilisent [produiront des tracts au contenu] parfois de manière transgressivef [pour interpeller brutalement le quidam] ou ludique [afin de le divertir]. Ils veulent divertir ou choquer. L’objectif [recherché] est de développer le capital sympathie [ou notoriété]. Ils espèrent [gagner la bataille de l’attention, afin que le citoyen conserve] que l’on gardera leur message en tête. Mais [certains écueils existent :] il faut faire attention. Dans la logique du [chez l’individu] citoyen qui est aussi un [le comportement de] « consommateur » [prédomine], notamment [dans un contexte] de politique, il y a le danger qu’il se [Or, se] retrouver noyé dans les [submergé de] flyers, parfois du même parti. L’électeur se sent alors [risque de donner à l’électeur l’impression d’être] « spammé » [déclenchant une forme de désintérêt voire de méfiance pour la chose publique, dans un contexte de « publiphobie » (no pub!)].

Sont-ils en voie de disparition ?

C’est plutôt l’inverse. On a vu dans [pu observer durant les ] la dernière[s] campagne[s] [électorales] française[s] [de 2012 et 2017] qu’il y avait un retour du [de démarches de communication politique traditionnelles telles] que le porte-à-porte. [Aussi, ] Les partis qui ont [en grande partie] perdu le lien [direct] avec les citoyens utilisent le tract comme un [prétexte pour les] outil qui permet de les aborder. C’est l’effet « pied dans la porte » ; on a plus de chance [de « faire impression »] d’entrer en contact qu’avec un E-mail. [ndlr: Il s’agit ici de l’usage « conatif » propre au « street marketing » c.-à-d. faire de la distribution l’occasion d’engager la conversation avec ceux et celles à qui on les propose, de les aborder à moindre coût].

[ndlr: Par ailleurs, le tract relève d’une immersion doxologique dans l’univers graphique et doctrinaire d’une formation – ce qui explique, en partie, un certain « conservatisme » dans les présentations, se rapportant au folklore militant ou syndical ; des codes sont ainsi à respecter – y compris dans la formulation des revendications et des dénonciations]

De plus, on constate que les tracts ont aussi [sont parfois conçus afin de connaître] une seconde vie sur internet. Les partis politiques sont devenus très friands des infographies*. Ils [Celles-ci] traduisent sur support numérique ce qu’on peut voir dans le tract.

 

*Je renvoie ici vers le Cahier Protagoras (n°3/juillet-septembre 2017 – La Charte/Die Keure) reprenant l’étude de Catherine Stilmant « Jeunes, politique et réseaux sociaux. La renaissance de l’affiche politique sur Facebook »

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