Démissions des présidents de parti, symbole d’obsolescence politique ?

Entretien croisé (avec Vincent Laborderie – UCL et Carl Devos – Université de Gand) pour l‘Echo, paru le 19 juin 2019. Propos recueillis par Simon Souris. [Article augmenté] sur ce blog.

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©Photo News

Après Wouter Beke (CD&V), John Crombez (sp.a) a lui aussi présenté sa démission refusée par son parti. Le signe d’une crise existentielle pour les formations du nord du pays? Tout dépend de laquelle. Elle tient plus au sens qu’à un leadership défini.

Il n’y a pas que le cdH qui souffre à la suite du triple scrutin du 26 mai dernier. Et doit se réinventer – ce qu’il fera depuis les rangs de l’opposition. Au nord, les partis traditionnels aussi commencent à accuser le coup. Les têtes menacent de tomber.

Après l’annonce de l’intention, il y a une petite quinzaine de jours, de Wouter Beke de quitter la tête du CD&V, refusée par plusieurs ténors du parti dont la ministre flamande Hilde Crevits et la commissaire européenne Marianne Thyssen, c’était au tour de John Crombez (sp.a) de présenter, en début de semaine, une démission (pour raison de cumul impossible) refusée unanimement par les instances du parti – malgré les critiques vives de l’ancien homme fort, Bruno Tobback. L’intéressé devrait donc rester en poste jusqu’à la nomination d’un nouveau président, qui devrait se décider lors d’élections à l’automne. Fort des résultats de l’Open Vld, l’on pourrait même poser la question de la continuité pour Gwendolyn Rutten, occupant la tête des libéraux flamands.

Mais qu’importe, se pose in fine une question de fond: quel est le phénomène qui frappe les formations historiques du nord du pays?

« Aujourd’hui, l’on constate un contexte général d’obsolescence [des offres politiques recalées, à savoir les projets (condensés de la programmatique partisane) présentés aux électeurs durant la campagne] et, en conséquence, un turnover plus important du leadership dans les partis. [Il s’agit ainsi de tirer des leçons d’une défaite électorale ; un besoin (davantage) ressenti de « tourner la page » côté flamand (avec sans doute une pression – interne et externe – plus forte)] », lance Nicolas Baygert, chercheur et professeur en communication politique à l’ULB et à l’Ihecs. En bref, après l’échec, l’électeur zappe. Ce qui touche en particulier « les partis traditionnels, faits pour occuper le pouvoir, évoque Vincent Laborderie, politologue à l’Université catholique de Louvain, qui se préoccupent plus de gestion et d’alliances que de la campagne, ce qui a laissé le champ libre au Belang par exemple. Ils ont perdu de vue au fil du temps d’avoir une ligne et un programme clairs du fait de ne plus être dans l’opposition« .

 

Pour autant, il ne faudrait pas voir de remise en question des hommes et des femmes politiques en Flandre. « Il n’y a pas de crise de leadership, malgré son affaiblissement« , martèle Carl Devos, politologue à l’université de Gand, du moins ici, car « la stabilité est demandée à court terme pour permettre les formations de gouvernements« .

Crise de sens

Non, le problème est plus profond et tient non pas à une « crise interne propre à l’organisation partisane  mais à une crise de sens » qui touche particulièrement la social-démocratie, selon Nicolas Baygert.

Pour ne citer que John Crombez par exemple, face à l’importance de certains sujets au nord du pays, l’homme a quelque peu dévié de la ligne du sp.a, estimant en janvier qu’une baisse de la migration en Europe était nécessaire, de même qu’évoquant l’idée d’interdire à certains parents (toxicomanes) d’avoir des enfants.

« En fait, on est aujourd’hui confronté, au niveau européen, à un courant social-démocrate disséminé. On peut citer l’exemple du PS français, véritable « parti zombie » s’étant, au cours de la campagne des Européennes, « nourri » du cerveau d’un Raphaël Glucksmann en se rangeant derrière sa plateforme « Place publique », se présentant alors comme la caution intello-médiatique d’une offre politique mort-vivante. » Pour autant, les sociaux-démocrates sont absents du débat sur plusieurs sujets.

Côté démocrates-chrétiens, [on observe également en Flandre un déficit d’incarnation. Dans le passé, le CD&V était parvenu à faire émerger des figures politiques de premier ordre. Celles-ci peinent dorénavant à convaincre à l’image d’un Kris Peeters depuis le scrutin communal anversois d’octobre 2018. Un problème de leadership similaire se pose d’ailleurs chez les démocrates-chrétiens allemands, dans le contexte de l’après-Merkel, AKK (Annegret Kramp-Karrenbauer), élue à la tête de la CDU se trouvant d’ores et déjà distanciée dans les sondages par le nouvel homme fort des Verts, Robert Habeck – ici, l’élément « casting » s’avère par conséquent primordial. À l’instar du CDU, le CD&V – désormais en concurrence directe avec un N-VA, lorgnant sur une partie de son électorat conservateur – a vocation à demeurer une «Volkspartei » (un « parti populaire ») ; une force conservatrice du centre-droit à base large]. 

Toutefois, Nicolas Baygert dit moins s’en faire pour le CD&V qui a pour sa part conservé sa dominante spirituelle [en d’autres mots : un socle axiologique et idéologique préservé], marqueur clair pour l’électeur, à la différence du cdH « qui s’est lui vidé d’une doxa confessionnelle qui, jusqu’ici, structurait les identités militantes« .

Pour autant, les deux partis conservent un problème d’image centriste sur leur « difficulté à trancher« , tacle Vincent Laborderie. À la différence de l’Open Vld qui est parvenu, lui à développer une voie claire, incarnée par de nombreux visages au niveau local.

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