Onkelinx garde une main ferme sur Bruxelles

Entretien pour l’Echo, paru le 21 juin 2019. Propos recueillis par Pauline Deglume.

onkelinx

©BELGA

Il y a deux ans, Laurette Onkelinx annonçait son retrait de la vie politique. Elle reste aujourd’hui au premier plan de la politique bruxelloise. « Mais elle n’avait pas dit qu’elle partait? » La présence de Laurette Onkelinx à l’avant-plan sur la scène politique bruxelloise depuis les élections du 26 mai suscite des questions auprès du grand public mais aussi dans les rangs socialistes. Alors qu’elle avait annoncé son retrait de la vie politique il y a bientôt deux ans, la présidente de la Fédération bruxelloise du PS mène les consultations aux côtés du ministre-président sortant Rudi Vervoort, donnant ainsi l’impression d’avoir toujours le lead sur la capitale.

Sous pression après le scandale du Samusocial, elle avait abandonné son poste de cheffe de groupe au Parlement fédéral en 2017. En revanche, elle avait précisé qu’elle resterait à la tête de la Fédération jusqu’en 2019 afin de mettre le PS en ordre de marche pour les communales d’octobre 2018 et pour les régionales quelques mois plus tard. Son départ est toujours d’actualité, prévu pour les mois d’octobre ou de novembre, selon la porte-parole de la Fédération. Mais tout le monde n’avait vraisemblablement pas compris que Laurette Onkelinx jouerait les prolongations en étant à la manœuvre pour la constitution d’une nouvelle majorité. Son demi-pas de côté semble donc lui avoir permis de garder une main ferme sur le PS bruxellois.

« On est en tout cas loin d’assister à un simple phasing-out« , commente Nicolas Baygert, professeur en communication politique à l’ULB et à l’Ihecs. « Côté wallon, on constate un leadership bicéphale avec le duo Paul Magnette-Elio Di Rupo, aux dissonances parfois déroutantes. À Bruxelles, on affiche davantage de complémentarité. Rudi Vervoort, qui incarne la collégialité, cherche la bonne alchimie avec les futurs partenaires tandis que Laurette Onkelinx est la négociatrice en chef, garante des intérêts du PS. »

Son influence serait toutefois moindre qu’en 2014, relativisent certains socialistes qui rappellent que Rudi Vervoort n’était même pas autour de la table des négociations il y a cinq ans. Malgré sa position de chef de l’exécutif sortant et de chef de file régional, le suspense relatif à son maintien à la tête de la Région était resté entier jusqu’au bout. L’Éverois aurait désormais davantage la main dans les pourparlers qu’il mène avec son chef de cabinet Raphaël Jehotte.

D’aucuns supputent que l’objectif de Laurette Onkelinx est surtout de veiller à placer ses protégés: son beau-fils Julien Uyttendaele, le ministre Rachid Madrane ou encore son ex-mari Abbès Guenned, directeur de cabinet adjoint de Rudi Vervoort. « Malgré son pas de côté annoncé, Laurette Onkelinx reste une figure d’autorité qui semble vouloir écrire le prochain chapitre de la majorité bruxelloise. Que ce soit en plaçant stratégiquement des pions ou en cadrant l’action future du gouvernement, la volonté est là de laisser sa marque sur la future législature », analyse Nicolas Baygert, qui souligne la grande expérience de la ténor socialiste. Il est en effet « surprenant de voir comme la crise détonante du Samusocial n’a finalement pas tant impacté la santé du PS, qui se retrouve à la manœuvre dans les négociations. La stratégie d’isolement de la ‘tumeur’, en personnalisant la mal-gestion, a permis d’éviter toute remise en cause structurelle et d’activer la résilience d’un électorat resté fidèle », commente le spécialiste de la communication politique, pour qui le départ de Laurette Onkelinx ne déclenchera pas forcément une guerre des clans visible. « Le PS a tendance à régler ce genre de choses en interne.

Succession

À moins d’un retournement de situation, Laurette Onkelinx quittera bel et bien la présidence de la Fédération bruxelloise du PS à l’automne 2019. Au-delà des scores personnels des uns et des autres, la présidence de la Fédération est souvent l’objet d’un compromis tenant compte des différents courants au sein du parti et du poids des sections locales (en fonction du nombre de militants). Dans les rangs du PS, plusieurs noms circulent pour la succession.

Philippe Close qui a permis au PS de la Ville de Bruxelles de se refaire une virginité est pressenti. Avec lui, c’est l’aile sociale-démocrate qui prendrait le dessus. Aux yeux de certains, sa présence à la dernière place sur la liste PS aux régionales était d’ailleurs une manière de se profiler pour le poste auquel il n’est pas officiellement candidat. Pour d’autres, le score du bourgmestre de la Ville -situé en deçà de celui réalisé aux communales- était décevant et le fait qu’il soit toujours soumis à des compromis au sein de sa propre section représente un frein.

Un problème que ne rencontre pas la bourgmestre de Molenbeek qui règne en maître sur sa section, l’une des plus importantes au sein de la Fédération. Catherine Moureaux qui ne s’est pas présentée aux régionales garderait un œil intéressé sur la Fédération, nous assure un mandataire socialiste. Le parti se positionnerait alors davantage à gauche, ce qui peut être un atout face à la montée du PTB.

Le bourgmestre de Koekelberg et député fédéral Ahmed Laaouej se tâterait également. Certains voient en lui un subtil compromis qui pourrait ravir tant les élus issus de la diversité, de plus en plus nombreux en Région bruxelloise, que la frange plus laïque du parti.

En revanche, on entend peu le nom du dauphin de Laurette Onkelinx, Rachid Madrane, et ce malgré une hausse de son score personnel aux élections régionales. En 2017, après l’annonce surprise de Laurette Onkelinx, il s’était directement déclaré prêt à reprendre le flambeau. Mais son assise au niveau des militants n’est pas assez forte, analyse un ténor du PS.

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