Quand les politiques débarquent sur Twitch

Interview dans Le Soir, paru le 16 mai 2021. Propos recueillis par Stéphane Vande Velde.

Le 1er mai, pour son congrès, le MR avait choisi les réseaux sociaux pour se faire entendre. En plus de Facebook, le live avait également lieu sur Twitch, la plateforme des gamers. Une première qui indique l’utilisation de plus en plus fréquente de ce réseau par les politiciens. En France, le live du 8 mars diffusé sur la plateforme de Samuel Étienne, le présentateur de « Questions pour un Champion », avait rassemblé 87.000 personnes en direct, pour 734.000 vues en différé. Ce soir-là, c’était l’ancien président français, François Hollande, qui était l’invité. En Belgique, des politiciens comme Elio Di Rupo, Georges-Louis Bouchez ou Paul Magnette s’y sont mis.

Twitch, c’est quoi ?

Twitch a été lancé en 2011. Au départ, c’est un réseau social qui permet aux utilisateurs de voir, en direct, une personne jouer à un jeu vidéo. L’avantage : pouvoir partager ses trucs et astuces sur les jeux en question. Mais, depuis son rachat par Amazon en 2014, cette plateforme s’est popularisée au point de compter aujourd’hui 10 millions d’utilisateurs. Un public toujours de niche, certes, mais un public conséquent. De quoi donc attirer les politiciens qui peinent à convaincre la jeunesse et qui vont donc la chercher là où elle se trouve. « La pratique de Twitch par les politiques reste encore assez marginale. Aujourd’hui, ils défrichent le terrain comme quelqu’un qui découvrirait un nouveau continent pour planter un drapeau », explique le professeur en communication politique à l’Ihecs et à Sciences Po Paris, Nicolas Baygert. « Ils vont y chercher de potentiels sympathisants, voire de nouveaux électeurs. Et avoir une audience qu’ils ne retrouvent pas ailleurs. Le public des gamers est intéressant à deux niveaux : son âge mais aussi son audience. Ils sont suivis par de nombreuses personnes. »

Le confinement a accéléré l’utilisation de cette plateforme. Les partis politiques ne savent plus voir leurs militants. Pour rester en contact, ils utilisent donc d’autres moyens de communication. En un an, Twitch est passé de 4 à 10 millions d’utilisateurs. Cette arrivée massive a également conduit à une diversification des contenus. Aujourd’hui, la plateforme n’est plus seulement l’apanage des gamers, rendant la présence des partis politiques moins anachronique.

Pourquoi et comment utilisent-ils Twitch ?

Il y a donc autant une stratégie de communication que de pédagogie dans la démarche des hommes et femmes politiques qui débarquent sur Twitch : faire passer un message qui devient inaudible auprès de la jeunesse et convaincre cette jeunesse par sa modernité. Si les partis comme le PTB et le Vlaams Belang ont autant investi les réseaux sociaux, c’est principalement parce que ces partis avaient moins accès que les autres aux médias traditionnels. Ils ont donc dû trouver d’autres canaux de diffusion. Le succès du Vlaams Belang lors des dernières élections a conscientisé les partis traditionnels qui, depuis lors, ont compris l’importance des réseaux sociaux. « Il y a une volonté de certains partis de ne pas paraître à la traîne mais il ne faut pas investir un réseau social sans une réflexion stratégique et un plan de communication réfléchi », dit Nicolas Baygert. Car un réseau social n’est pas un autre. Débarquer sur Twitch nécessite pour le politicien de s’adapter au code de la plateforme. « Ce qui différencie Twitch d’une autre plateforme, c’est que l’échange se fait en temps réel avec une interaction avec les utilisateurs », explique Nicolas Baygert. Au MR, si on a choisi Twitch pour le 1er mai, c’est dans une volonté « d’utiliser différents canaux en fonction de la stratégie. Twitch permet d’avoir un contact et un feedback direct avec les citoyens. Cependant, on doit respecter les codes de la plateforme, être à l’écoute du réseau et y aller pas à pas ». Car le risque est finalement de faire fuir vers une autre plateforme la communauté que l’on tente de séduire. Certains utilisateurs de Twitch ont d’ailleurs vite dénoncé la « politisation » de la plateforme. « Les politiciens arrivent sur une plateforme où ils ne sont pas chez eux. Il faut respecter les codes, comme l’a très bien compris la politicienne américaine, Alexandria Ocasio Cortez, qui, lors d’un streaming de jeu en live, a abordé une série de thèmes de manière détournée. Tout en jouant, elle a réussi à transmettre un message. Mais certains intervenants qui n’avaient pas la crédibilité et la connaissance de la plateforme ont donné l’impression de patauger », ajoute Nicolas Baygert.

Margaux De Ré (Ecolo), jeune députée bruxelloise, a même utilisé Twitch pour mener un débat sur la cyber-violence. Elle a retenu de ce débat quelques pistes qui ont nourri un projet de résolution de loi sur la question. « Twitch permet une interaction immédiate et est un petit café du commerce sans le côté péjoratif », explique-t-elle. « Cela permet aussi de longs formats, ce qui est assez inhabituel dans les réseaux sociaux. On peut faire un live de 2-3 heures, sans problème. Mais on ne peut pas utiliser Twitch comme si on était sur un plateau de débat de la RTBF. Le sujet abordé et le contenu doivent aussi s’adapter à la plateforme. Pour moi, qui suis jeune et donc peu connue, c’est plus facile de maîtriser les codes des réseaux sociaux que des médias traditionnels, et même de se faire inviter par des influenceurs que pour un débat TV ».

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