Rassurer l’électorat, déculpabiliser ceux qui ont peur

Entretien téléphonique paru dans Le Soir du 23 septembre 2015 (et comprenant de nombreuses approximations dans la retranscription). Article de Ludivine Ponciau.

20150922 - GENT, BELGIUM: Antwerp mayor Bart De Wever pictured during the opening lecture of the Political Sciences course, by Antwerp Mayor and N-VA chairman Bart De Wever, at the political faculty of the UGent university in Gent, Tuesday 22 September 2015. BELGA PHOTO JASPER JACOBS

20150922 – GENT, BELGIUM: Antwerp mayor Bart De Wever pictured during the opening lecture of the Political Sciences course, by Antwerp Mayor and N-VA chairman Bart De Wever, at the political faculty of the UGent university in Gent, Tuesday 22 September 2015. BELGA PHOTO JASPER JACOBS

Récits médiatiques larmoyants, photos chocs (ou truquées) de familles désemparées, d’enfants en pleurs, témoignages de déracinés destinés à émouvoir l’opinion publique, à forcer la main des Belges pour qu’ils n’aient d’autres choix que d’adhérer à la cause : les médias ont-ils trop joué du violon dans le traitement de la crise migratoire ? C’est en tout cas le procès d’intention que fait Bart De Wever à la presse belge, fusillant au passage nos confrères du Standard et de la VRT.

En pratiquant le « média bashing » et en se montrant hermétique au pathos, Bart De Wever cherche à s’imposer comme le seul capable de garder la tête froide dans ce dossier à haute charge émotionnelle.

« Il est vrai que depuis quelques jours, nous constatons une forme d’« hystérisation » de la crise des migrants et une montée de la dictature de l’émotion », analyse Nicolas Baygert, expert en information et en communication à l’UCL (NDLR : à l’IHECS/ULB). « Ce traitement dans l’urgence et qui joue sur les susceptibilités plonge les politiques dans une situation délicate : il devient difficile pour eux de prononcer un discours qui ne s’inscrive pas dans l’émotionnel, qui va à contre sens des idées véhiculées. On sent qu’ils sont désemparés : soit ils doivent embrasser cet émoi collectif qui est d’ailleurs devenu le corps-buisiness de certains hommes politiques, soit ils doivent se positionner clairement sur le fond ».

Pour l’expert en médias, en livrant un discours dans lequel toute émotion et toute sensiblerie ont été évacuées, Bart De Wever a répondu aux attentes de ceux qui craignent l’arrivée massive de migrants (comprenez de musulmans) mais qui n’osent pas l’exprimer ouvertement, de peur d’être taxés de fascistes. « Son message, c’est de dire : moi, je ne cède pas au sentiment de culpabilité ».

Ramener le débat dans sa zone de confort

En adoptant cette posture, De Wever se distancie également d’une Angela Merkel empathique qui console une fillette en lui expliquant que « la politique, tu sais, c’est dur. C’est compliqué… »

« En réaffirmant une position pragmatique, moins humaine et qui, à certains égards, peut même sembler froide et calculatrice, De Wever espère ramener le débat dans sa zone de confort ». Son objectif serait donc de rassurer ceux qui se montrent déjà hostiles à une politique d’accueil et qui le font savoir, notamment en déversant leur haine sur les réseaux sociaux, et en même temps, de déculpabiliser ceux qui se sentent en insécurité mais qui se taisent en société. « Il n’est d’ailleurs pas le seul » , poursuit Nicolas Baygert, « on constate que la notion même d’islamophobie tend à être réinterprétée. C’est le cas en France avec Michel Houellebecq qui a amorcé le débat. On se questionne sur le rapport entre le racisme et des peurs qui, dans certaines situations, sont justifiables » .

De Wever confirme en tout cas son aversion pour les mouvements émotionnels. « Déconstruire les discours dominants en injectant les valeurs de la N-VA, c’est ce qu’il fait depuis dix ans. Mais faire le grand écart entre les gens qui sont dans la solidarité et l’accueil et les mouvements de ceux qui ont choisi le camp de la haine reste un exercice très périlleux ».

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