« Ce sont les béquilles du Premier ministre »

Entretien paru dans Le Soir, le 11 juin 2016. Propos recueillis par Martine Dubuisson.

Nicolas Baygert, professeur de communication politique (Ihecs, ULB), analyse les éléments de langage de Charles Michel.
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Ces éléments de langage sont répétitifs ? 
Oui, outre une attitude qui semble étudiée. Ces éléments de langage agissent comme des béquilles communicationnelles, qui permettent à Charles Michel (ou Elio Di Rupo avant lui) de se reposer sur des ressorts rhétoriques, de ne pas être décontenancé et de rester sur sa ligne. Cela donne une certaine cohérence au discours. Mais quand les éléments de langage sont mobilisés à l’excès, il y a une sorte d’artificialité du discours qui lui enlève toute spontanéité. On a l’impression que tout est étudié, pas naturel. Cela peut être contre-productif. Il peut y avoir une forme d’usure. Et la référence au pragmatisme de son action donne un côté managérial à sa gestion, là où Elio Di Rupo avait un storytelling ultrapositif, avec une succession de bonnes nouvelles. On est d’un côté dans la performance ; de l’autre dans le positif.
Charles Michel se répète trop ? 
Un certain nombre d’éléments de langage (pragmatisme, jusqu’au-boutisme, détermination…) compensent sa position minoritaire dans le paysage francophone, en montrant qu’il maintient le cap contre vents et marées. Un autre registre du langage revient également : le fait de se rassurer soi-même. « Je suis serein, calme » ne vise pas à séduire l’interlocuteur, mais à le convaincre et presque à s’autoconvaincre que tout va bien. C’est une terminologie anti-dépressive. Et des gestes des deux bras ou de la main accompagnent ces paroles, pour donner un côté solennel et montrer qu’il est calme. C’est étudié. C’est une volonté d’apaisement et d’apaisement de soi, là où Elio Di Rupo voulait se fondre dans un ressenti social, dans le pathos en capitalisant sur l’émotion du moment.
Que conseilleriez-vous à Charles Michel ? 
D’incarner davantage ses propos. Etre dans la rationalité gestionnaire ne suffit pas toujours ; la dimension émotionnelle doit être suscitée. Il y a un manque de vécu, d’humain. On n’a pas toujours l’impression que sa parole est habitée. Il y a une amélioration et il est arrivé à un stade où il pourrait se passer de ces éléments de langage, marcher sans ces béquilles. Cela le rassure lui, mais a été entendu et réentendu. Aujourd’hui, on recherche de la spontanéité et de l’authenticité dans le discours. Il faut sortir des concepts, du côté incantatoire.
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