Charles Michel et le MR à la croisée des chemins

Interview pour l’Echo parue le 19 décembre 2018. Propos recueillis par .

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Le MR a souffert dans les urnes en octobre dernier et la tournure des événements, marquée par une démission en bonne et due forme, n’augure rien de bon pour la suite.

Les sondages sont ce qu’ils sont: une photographie de l’opinion en un temps « t » présentant une marge d’erreur qui ouvre la porte à tous les bouleversements. Ils donnent tout de même une idée de l’état forme des partis. Le MR a souffert dans les urnes en octobre dernier et la tournure des événements, marquée par une démission en bonne et due forme, n’augure rien de bon pour la suite.

Si les élections sont anticipées, Charles Michel et ses ministres ne disposeront que de peu de temps pour redresser l’image d’un exécutif moribond sur lequel toute l’attention se focalise. C’est le scénario dont le MR ne veut pas. Mardi, La Libre et RTBF publiaient leur coup de sonde trimestriel alors qu’on attendait de nouveaux rebondissements à la Chambre des représentants. Y sont confirmés la chute des partis traditionnels et des partis au pouvoir. Le MR n’échappe pas à la tendance, dévissant de près de 6% pour descendre sous la barre des 20% à Bruxelles comme en Wallonie. Le problème pour un Charles Michel désormais démissionnaire, c’est que même comme Premier ministre, il a tendance à incarner le parti qu’il dirige d’une main de fer depuis 2011.

« La N-VA est en train de réfléchir à un plan B qui se ferait sans le MR. » Nicolas Baygert.

« Charles Michel est au centre du jeu et dans le même temps le principal perdant de la partie, analyse un libéral. Il a emmené le MR à la défaite aux communales et maintenant, il n’y a plus de pilote dans l’avion pour éviter le crash de mai prochain. » Le constat est aussi amer que pessimiste, mais rejoint d’autres avis au sein du mouvement où l’on estime que la stratégie consistant à identifier le parti au 16 rue de la Loi, avec une présidence volontairement faible incarnée par Olivier Chastel, coûte trop cher aujourd’hui.

En face, la N-VA illustrait une stratégie inverse avec des poids lourds à l’intérieur de l’exécutif soutenu par un président de parti, Bart De Wever, qui donne le ton et prend volontiers la main sur l’agenda médiatique quitte à prendre ses distances avec l’action gouvernementale. Chez les nationalistes, la distribution des rôles est d’une efficacité redoutable.Au cours de cette crise du pacte migratoire, Olivier Chastel est pour sa part plutôt resté dans la réaction.

Alliés peu fiables

Et d’entendre ceci chez les réformateurs: « En Région wallonne, cela grince des dents sur cette stratégie de tout focaliser sur le 16 en misant sur un allié peu fiable: la N-VA côté flamand et le cdH côté francophone. En Wallonie, on sait compter. Avec cette ligne on va se retrouver dehors… » Mais cette critique existait avant la crise politique que doit gérer aujourd’hui Charles Michel. « C’est difficile, il a dû colmater toutes les brèches et piloter une crise multiforme, il semble qu’il n’y avait pas de bonne solution pour lui, analyse Nicolas Baygert, docteur en sciences de l’information et de la communication (Ihecs, ULB). L’avantage du MR est ce rôle de pivot dans le paysage francophone, comme parti pouvant facilement se coaliser au sein d’une équipe fédérale ». Mais ce rôle, justement, est aujourd’hui mis en danger par le niveau plancher du MR en termes d’intentions de vote. « On voit d’ailleurs que la N-VA est en train de réfléchir à un plan B qui se ferait sans le MR », poursuit notre expert.

« Charles Michel est au centre du jeu et dans le même temps le principal perdant de la partie. Il a emmené le MR à la défaite aux communales et maintenant, il n’y a plus de pilote dans l’avion pour éviter le crash de mai prochain. »

UN LIBÉRAL

Toutefois, les bleus ont pu chercher dans cette crise l’opportunité de redresser son image alors que les élections communales et provinciales ont clairement fait office de sonnette d’alarme. « Personne dans le parti ne peut en vouloir à Charles, estime un libéral. Il a fait ce qu’il a pu. Il a été bon au cours de la crise en renvoyant le dossier migratoire au Parlement ». On ne voit en outre pas très bien à ce stade, qui prendrait le risque de s’opposer à lui avant les élections.

Rupture de com’

Nicolas Baygert constate que la crise gouvernementale a consacré une rupture dans la communication de Charles Michel et de son parti: il a fallu casser cette image fusionnelle « MR-VA«  qui fut forgée dès le début de la législature par les partis francophones de l’opposition. Au cours des quatre années écoulées, les libéraux, seul parti francophone de la coalition, on pu prêter le flanc à cet élément de communication pour justifier cette alliance. Mais jouer la carte de la proximité à la N-VA, ne s’est pas traduit par un gain de popularité. C’est un enseignement des résultats des élections communales. « En l’absence d’un grand parti conservateur de droite côté francophone, le MR a pu vouloir passer comme l’élément qui rendait possible cette politique en profitant de la popularité d’un Theo Francken, décrypte Nicolas Baygert. Aujourd’hui, il doit retourner vers ses fondamentaux. »

 

C’est également ce qui est parfois plaidé en interne. Avec une vraie réflexion sur la communication du parti qui doit être plus offensive et plus indépendante, dit-on. Gageons que le contexte politique s’y prêtera. À temps pour récupérer toutes les pertes? C’est beaucoup moins sûr.

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