« Gilets jaunes » et fin de la Suédoise: pourquoi les partis vont devoir modifier leurs discours

Analyse pour 7 sur 7 parue le 13 décembre 2018. Propos recueillis par Anthony Marcou.

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© BELGA

J+5. Depuis samedi dernier et le départ de la N-VA de la coalition Suédoise, la campagne électorale en vue du scrutin du 26 mai prochain bat déjà son plein. Selon plusieurs observateurs, elle s’annonce rude, violente et « ad hominem ». Un avis que ne partage pas totalement Nicolas Baygert, professeur en communication politique à l’IHECS et à l’ULB. Selon lui, le divorce MR – N-VA va contraindre certaines formations à revoir leurs plans de communication et le mouvement des « gilets jaunes » s’érige comme une opportunité pour les partis « d’installer un discours sur les fondamentaux ». Explications.

Qui est responsable de la fin prématurée de la coalition Suédoise? Cette question n’a même pas eu le temps d’être posée. Elle a été devancée par les critiques et reproches des différents leaders de partis qui n’ont pas tardé à pointer les « coupables ». Côté francophone, le MR et Charles Michel n’ont pas été épargnés. Il leur est toujours reproché de s’être allié avec la N-VA. La chute du gouvernement n’étant aujourd’hui que la chronique d’un échec annoncé.

« Il va falloir trouver autre chose »

« Depuis quatre ans et le début de l’alliance MR – N-VA, il y a une volonté des partis francophones d’incriminer le Premier ministre et le MR dans son ensemble en mettant en avant toute une série de dérapages ou d’éléments sulfureux liés à des représentants de la N-VA » entame Nicolas Baygert, professeur en communication politique.

Une stratégie de communication encore observable, mais qui est appelée à disparaître prochainement, selon lui. « En regard des dernières élections communales et  des résultats décevants du MR principalement à Bruxelles, les partis d’opposition jugent opportun de poursuivre sur cette lancée et de cultiver l’image de « trahison » associée au Mouvement Réformateur. Mais le divorce à l’amiable entre le MR et la N-VA, est un problème pour eux. La séparation a été motivée et assumée par les libéraux. Le MR ne peut être éternellement confiné au statut de pestiféré et d’infréquentable par les autres partis francophones. Ce n’est pas en culpabilisant une formation politique qui s’est délestée de l’élément décrié qu’ils vont réussir à tenir le cap. Il va falloir trouver autre chose. »

Dans cette optique de changement de cap, le mouvement des « gilets jaunes » s’érige comme véritable « opportunité ». « Il existe actuellement une crise des partis politiques, ils sont considérés comme obsolètes. On le voit en France avec les « gilets jaunes », les partis ne sont plus considérés comme des interlocuteurs aux yeux des citoyens. La tendance, c’est de faire émerger des mouvements citoyens avec des porte-paroles qui ne jouent pas le jeu habituel de la particratie. On observe une forme de dégagisme », poursuit celui qui dispense aussi son savoir à Sciences Po à Paris.

« Axer sur les fondamentaux »

« Le contexte est clairement favorable à l’abandon des tactiques de dépréciation de l’adversaire »

Nicolas Baygert, professeur en communication politique

« C’est une chance pour le biotope politique belge de ne pas encore avoir été rééllement confronté à ce phénomène. Les formations ont tout intérêt à prendre les devants et à prouver leur valeur ajoutée, à montrer ce qu’elles peuvent apporter. Le contexte est clairement favorable à l’abandon des tactiques de dépréciation de l’adversaire et à l’installation d’un discours sur les fondamentaux. »

Une manoeuvre déjà entamée par la N-VA soucieuse de placer les questions d’identité et de crise migratoire au coeur de la campagne électorale. « C’est un angle de campagne stratégiquement porteur, mais qui met mal à l’aise d’autres partis comme le MR. Au sein du Mouvement Réformateur, aucun élu n’est capable d’incarner ou d’endosser cette ligne politique là sans se faire dégommer par les commentateurs ou le reste de la classe politique. Pour les libéraux francophones, c’est assez évident, c’est un travail de réinvestisement idéologique qui doit étre effectué. Exposer clairement leurs propres priorités, après avoir été accusés de s’être laissés contaminer par N-VA. »

Les « gilets jaunes » offrent aussi la possibilité  de recentrer le débat sur les questions socio-économiques, sur le pouvoir d’achat.  » C’est un revirement du débat public qui peut permettre notamment au PS de revenir avec une série d’éléments qui font partie de son ADN. Pour Ecolo, l’idée, ce serait de revenir sur la transition climatique et expliquer qu’il y a une urgence de ce côté-là. La gauche dans son ensemble aura le loisir de critiquer le bilan socio-économique du gouvernement. Si le mouvement s’essouffle, ce sera terminé. Mais c’est une réelle chance à saisir pour les formations socio-démocrates. »

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