Clubhouse, TikTok, Twitch… LREM drague les jeunes sur les nouveaux réseaux sociaux

Entretien croisé avec Philippe Moreau Chevrolet (MCBG / Sciences Po) pour Le Bouillon, média de l’ESJ Lille, paru le 5 mars 2021. Propos recueillis par Hugo Lallier.

De Tik Tok à Club House, LREM s’empare des nouveaux réseaux sociaux utilisés principalement par les jeunes dans l’optique d’accroître son influence jusqu’à 2022. 

Le 19 février, les deux youtubeurs McFly et Carlito qui caressent les six millions d’abonnés sur Youtube publient une vidéo qui va faire parler jusque sur les bancs de l’Assemblée nationale : « Le PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE nous lance un défi ». Si les deux trublions parviennent à obtenir plus de 10 millions de vues sur une vidéo promouvant les gestes barrières, ils seront invités à tourner une vidéo à l’Élysée. « Beaucoup de spécialistes ont alerté sur le relâchement sur les gestes barrières. Le président a cherché le moyen adéquat pour créer de l’action concrète. Plutôt qu’une allocution télévisée, cette chanson a eu davantage d’impact« , décrypte Anthony Alfont, responsable de la stratégie sur les réseaux sociaux à LREM.  « C’est surtout une question d’image : le parti d’Emmanuel Macron, basé sur le principe de la « start-up nation » doit prouver sa modernité« , tempère Nicolas Baygert, professeur de communication politique.

Twitch et les influenceurs à l’Elysée

En cette période de crise sanitaire, la majorité, qui est très présente à travers la communication institutionnelle afin de lutter contre la pandémie, doit trouver de nouveaux espaces pour faire entendre ses positions politiques. « Les canaux de communication traditionnels sont saturés aujourd’hui. La santé monopolise la communication gouvernementale. Alors, pour communiquer sur des combats partisans, LREM utilise le numérique, qui est un espace à part entière », développe Nicolas Baygert. 

Pour répondre à la souffrance de la jeunesse depuis la fermeture des universités et l’enchainement des confinements, le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal a choisi d’utiliser le réseau social Twitch, plateforme interactive très prisée par les joueurs de jeux vidéo. Dans une émission où il recevait des influenceurs, il a défendu les mesures prises par le gouvernement comme la mise en place de repas au restaurant universitaire à 1 euros. « Pour que la communication fonctionne sur Twitch, il faut qu’elle soit très incarnée. En tant que mouvement politique, ce qui est très difficile est de créer un lien avec le viewer (le spectateur)« , analyse Anthony Alfont. 

Pour cela, le secrétaire d’État a fait le choix d’inviter sur son plateau l’influenceuse Enjoy Phoenix, aux cinq millions d’abonnés sur Instagram. Une venue qui a été vivement critiquée à travers le hashtag #etudiantspasinfluenceurs qui compte plus de 60 000 tweets insurgés contre l’absence d’étudiants en précarité sur le plateau. « La caractéristique des politiques français est qu’ils transfèrent des formats télévisés dont ils maitrisent les ressorts sur des plateformes comme Twitch. Sauf que cela ne peut pas marcher », affirme Philippe Moreau-Chevrolet.

TikTok et le défi de l’engagement

TikTok est au cœur de la stratégie du parti présidentiel. La plate-forme qui permet de diffuser de courtes vidéos dans le but de divertir sa communauté est utilisé par 35% des 15-24 ans (génération Z), selon Harris Interactive. « Si tous les utilisateurs de TikTok n’ont pas le droit de vote, renforcer sa présence sur ce réseau social est aussi une manière de montrer à leurs parents que l’on prend soin de leur génération. C’est une communication indirecte », rappelle Philippe Moreau-Chevrolet. Comme l’étaient les manifestations auparavant, TikTok est surtout devenu un espace d’engagement. 

La stratégie du parti est de cibler sur le réseau social des acteurs de la société civile qui partagent des valeurs communes et défendent des causes qui résonnent avec la ligne du parti. Une fois repérés, ceux qu’on appelle chez En Marche « des prescripteurs de cause » sont approchés. « On leur propose d’échanger, de débattre avec nos députés, et puis ils peuvent porter des défis à leur communauté. » Lors du premier confinement, le message #RestezChezVous lancé par le gouvernement a largement été repris sur la plateforme et sa viralité a permis de mieux accepter les restrictions de liberté auprès des plus jeunes. 

Clubhouse, le LinkedIn des politiques 

Autre réseau social qui charme la Macronie : Clubhouse. « C’est une sorte de LinkedIn oral, où on entre par invitation d’un membre. Des salons de conversation sont ouverts à des conversations semi-privées« , présente Nicolas Baygert. « C’est très élitiste », tranche Philippe Moreau-Chevrolet. Le réseau social a été popularisé grâce à des stars du milieu de la tech et de la finance comme Elon Musk. On y loue la qualité et la richesse des échanges qui s’y passent. « C’est à travers ces débats apaisés que naissent des bonnes idées. Ensemble, on peut changer les choses« , avance Anthony Alfont. 

Depuis quelques semaines, des membres du gouvernement comme le secrétaire d’Etat chargée des affaires européennes Clément Beaune ou Franck Riester, secrétaire d’État chargé du Commerce extérieur et de l’Attractivité aiment affirmer qu’ils passent une tête dans les salons de discussion. Certains y voient une manière pour la majorité de draguer les milieux économiques et numériques et s’assurer d’un soutien qui avait été clé dans l’élection d’Emmanuel Macron en 2017. Mais le réseau social utilisé seulement par 45 000 utilisateurs à l’heure actuelle, pourrait n’être qu’un effet de mode. « Honnêtement, je ne sais pas si l’engouement va perdurer une fois le couvre-feu passé« , confie Anthony Alfont.

Objectif 2022 ?

Serait-ce le début de la campagne pour 2022 ? A l’heure où la pandémie du Covid-19 devrait restreindre les contacts physiques lors des meetings, le parti présidentiel cible des réseaux sociaux jusqu’alors inexplorés qui offrent à la fois l’opportunité de toucher un électorat plus jeune et d’adapter leur communication à des nouveaux usages. « C’est une façon de montrer qu’Emmanuel Macron ne s’est pas ringardisé avec l’exercice du pouvoir. C’est aussi un moyen de savoir si c’est le moment idoine pour faire naître une dynamique de campagne », poursuit Philippe Moreau-Chevrolet.

A LREM, on assure que non ! L’important serait plutôt de renforcer la base militante du parti. Pourtant, on nous promet pour le mois d’avril une grande campagne numérique centralisée et révolutionnaire. 

Hugo Lallier

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