PS et PTB, vrai combat, faux divorce

Entretien croisé dans L’Echo (avec Pascal Delwit (ULB) et Caroline Van Wynsberghe (UCL)) paru le 27 octobre 2018. Propos recueillis par Benoît Mathieu.

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©Photo News

À Charleroi et Molenbeek, les négociations ont capoté. Aussitôt, PS et PTB se sont rejeté la faute. À grands cris, notamment sur les réseaux sociaux. Rien de bien étonnant, au final. Et de quoi ouvrir la campagne électorale menant au triple scrutin de mai 2019.

Voilà des fiançailles qui n’auront guère duré. Après avoir tenté de former une coalition à Charleroi et Molenbeek, PS et PTB se rejettent à présent la responsabilité de l’échec, campagne de communication, si pas de dénigrement, à l’appui. Et ce alors que l’expérience n’est pas (encore?) enterrée à Liège et à Herstal. Quelles conclusions en tirer? On fait le point.

Un schéma somme toute classique

« La dynamique est en marche depuis 2012. PS et PTB sont en concurrence sur un certain segment électoral. » PASCAL DELWIT – POLITOLOGUE (ULB)
Posons ce préalable: ce n’est pas parce que PS et PTB font partie du même spectre politique, la gauche, qu’ils s’entendent pour autant. Au contraire. « La dynamique est en marche depuis 2012, situe le politologue Pascal Delwit (ULB). PS et PTB sont en concurrence sur un certain segment électoral. Composé principalement d’une catégorie de population au sein des sillons industriels wallons, mais aussi à Bruxelles, notamment sur le vote des jeunes d’origine maghrébine. » En compétition, il est logique qu’ils se tirent dans les pattes, comme peuvent le faire les partenaires du gouvernement flamand.

Et ce même si PS et PTB ne partagent pas le même rapport au pouvoir, le second annonçant une volonté de « rupture », à laquelle le premier ne peut souscrire.

Faux mariage, faux divorce

« Pour parler de divorce, encore faut-il qu’il y ait eu velléité de mariage« , résume la politologue Caroline Van Wynsberghe (UCL). Certes, pour le PTB, le choix d’une participation communale peut être envisagé comme une expérience lui permettant d’apprendre, de se confronter au principe de réalité – un brin plus rude que le papier glacé d’un programme – et de se défaire de l’étiquette de parti hostile au pouvoir.

Mais voilà. Molenbeek, Charleroi et Liège, ce n’est pas rien. « La commune la plus scrutée de Belgique après Anvers, résume Pascal Delwit. Et les deux plus grandes villes wallonnes. Si une participation à Herstal ou Zelzate en Flandre est possible, le choix du PTB serait plutôt de ne pas y aller dans un contexte si visible médiatiquement. » Surtout que, ce faisant, intervient Caroline Van Wynsberghe, le PTB montre, sans doute au bon moment, « qu’il n’est pas prêt à vendre son âme au diable socialiste pour monter dans une majorité« .

Et du côté socialiste, l’invitation était-elle sincère? Cela dépend. « À Liège, je suis vraiment dubitatif, glisse Pascal Delwit, même si les portes n’ont pas encore claqué. Par contre, à Molenbeek, sans doute était-ce l’horizon souhaité. » Et dans le fief de Paul Magnette? L’envie de gouverner avec le PTB ne submergeait vraisemblablement pas le patron, mais il fallait tenir compte de l’arithmétique électorale. « Et poser un acte politique d’implication. Vous promettez? Eh bien, mettez en œuvre à présent. » Avec les risques que cela comporte. Celui-ci, notamment: si une inflexion se marquait dans la gestion communale, le PTB aurait pu la porter à son crédit.

Cap sur mai 2019!

Allez, ne soyons pas dupes. « L’enjeu n’est pas ici la gestion de deux communes, pose Caroline Van Wynsberghe. Nous en sommes déjà à l’étape suivante. » La campagne pour la triple élection de mai 2019 est officiellement lancée. En ce sens, voir PS et PTB se voler dans les plumes n’a rien d’étonnant. Chacun tentant de faire passer ce double message à l’intention de l’électeur, décode Pascal Delwit. Un: « Le meilleur choix à gauche, c’est nous. » Sous-entendu: et ce n’est pas l’autre, qui constitue un vote perdu. Deux: « Le meilleur opposant au gouvernement de droite, c’est nous. »

Cela étant, cette donne communale ne va pas non plus changer la face de la campagne. Parce que, de toute façon, les deux partis rouges étaient amenés à s’affronter. Le PS, ayant perdu les communales, devant limiter la casse et reconquérir son électorat. Le PTB, ayant engrangé un succès, condamné à le confirmer, si pas l’amplifier.

« L’enjeu est d’avoir le dessus dans la bataille de l’interprétation. » NICOLAS BAYGERT – PROFESSEUR DE COMMUNICATION POLITIQUE (ULB, IHECS, Sciences Po Paris)

Il n’y a pas que PS et PTB

Cette lutte entre « camarades » ne devrait pas faire oublier que la « dynamique est protéiforme, indique Pascal Delwit. Le PS ne peut centrer sa communication uniquement sur ceux qui ont voté PTB. » C’est qu’Ecolo rôde également sur les plates-bandes électorales des socialistes.

Un peu de forme

Pour la route, attardons-nous un instant sur la forme de la communication lancée par le boulevard de l’Empereur sur les réseaux sociaux. De façon si prompte que petites vidéos et visuels devaient avoir été préparés à l’avance. « L’enjeu, pour le PS, est d’avoir le dessus dans la bataille de l’interprétation, souligne Nicolas Baygert, professeur de communication politique à l’Ihecs, l’ULB et Sciences Po. D’imposer sa grille de lecture, voulant que le PTB fuit. »

Un des visuels du PS, tout en simplisme. ©parti socialiste

En recourant, en quelque sorte, à des techniques marketing un tantinet « low cost », dignes des publicités comparatives américaines, visant clairement un public jeune. « Simplification des enjeux, petites phrases qui font mouche, dimension presque régressive, avec la volonté de provoquer de l’indignation. » Et de profiter de la caisse de résonance médiatique.

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